TRIBUNE LIBRE: Mettre en valeur l’ancienne Trompe de Taylor dans l’ex-filature de la Dominion Textile

 Le Collectif du Quartier-des-Tisserands de Magog
TRIBUNE LIBRE: Mettre en valeur l’ancienne Trompe de Taylor dans l’ex-filature de la Dominion Textile
La tête de la trompe de Taylor de l'usine de textile de Magog en 1897. (Photo : gracieuseté – www.commons.wikimedia.org)

Le patrimoine, c’est le langage de l’histoire. Il est constitué d’éléments importants qu’une société décide de conserver, de protéger, de mettre en valeur, pour comprendre son passé, pour l’apprécier, pour saisir d’où elle vient et comment elle a évolué… tout en percevant soit la grandeur soit les dérives du génie humain.

Prenons un exemple à l’ancienne Dominion Textile de Magog. L’imprimerie était en activité depuis 1884 et la filature depuis 1888. Un canal avait été creusé devant les bâtiments que l’on peut voir de la rue Principale Est pour dériver une partie de l’eau de la rivière Magog. Ce canal passait ensuite entre la filature et l’imprimerie et alimentait une chaufferie dont la vapeur faisait tourner des turbines qui actionnaient le système des poulies et courroies qui faisaient fonctionner les machines. La fabrication de la vapeur nécessitait d’énormes quantités de charbon et l’époque des moteurs électriques n’était pas encore arrivée.

Pendant ce temps, à Montréal, un inventeur peu instruit, mais très imaginatif du nom de Charles Havelock Taylor ne cesse de chercher des applications industrielles originales à un vieux principe appelé la «trompe hydraulique». Il s’agit d’emprisonner dans un réservoir les bulles d’air créées par la chute d’un débit d’eau et d’utiliser l’air ainsi comprimé pour actionner les machines. Pas besoin de vapeur. Pas besoin de charbon. Pas besoin de main-d’œuvre additionnelle.

Taylor a construit sa première trompe en 1896. Les dirigeants de la filature et de l’imprimerie, ayant entendu parler de cette innovation très intéressante, invitent alors Taylor à venir installer une telle trompe à Magog vu que le canal fournissait un débit d’eau suffisant pour alimenter les deux usines. Une fois la trompe mise en place, des chercheurs de l’Université McGill sont venus l’observer à plusieurs reprises et de nombreux articles dans des études et revues scientifiques, notamment américaines, en ont découlé.

Après quelques années, avec les perfectionnements apportés aux méthodes de transmission et d’utilisation de l’électricité, c’est cette source d’énergie qui est devenue dominante aux usines de Magog. Il n’en demeure pas moins que l’utilisation de la trompe de Taylor a été d’une grande importance économique et scientifique et que cela mérite qu’on en garde un souvenir concret.

Lors de la séance d’information du 8 décembre dernier, l’architecte Pomerleau a mentionné que, dans les plans du propriétaire de l’ex-Difco, certains efforts vont être faits pour rendre apparents et peut-être mettre en valeur certains vestiges de cette installation dans l’ancien canal qui a été rempli depuis… mais que cela exigerait la démolition partielle ou totale de certains bâtiments.

Avec toutes les techniques qui existent aujourd’hui, nous trouvons que la démolition est un raccourci un peu trop facile. La Ville de Magog doit interdire immédiatement toute démolition dans le secteur de l’ancien canal, exiger une expertise archéologique et une expertise d’ingénierie pour ensuite évaluer les travaux à effectuer pour sauver les murs restants.

L’idée d’un musée du textile doit aussi faire l’objet d’une étude sérieuse et immédiate.

 Le Collectif du Quartier-des-Tisserands de Magog

Photo gracieuseté – www.commons.wikimedia.org
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Claire Garon
Claire Garon
3 mois

Vraiment intéressant et éclairant!