TRIBUNE LIBRE: Les organismes communautaires à bout de souffle

Claudelle Cyr
TRIBUNE LIBRE: Les organismes communautaires à bout de souffle

Le Regroupement des organismes communautaires (ROC) de l’Estrie est inquiet de l’épuisement vécu au sein de ses membres en raison de la pandémie. Un sondage alarmant révèle en effet que trois organismes sur quatre doivent composer avec des équipes à bout de souffle, alors que ces dernières doivent elles-mêmes répondre à des demandes de plus en plus complexes.

Déjà, avant la pandémie, une étude démontrait qu’une personne salariée sur cinq dans le milieu communautaire souffrait d’épuisement professionnel. Aujourd’hui, le constat est encore plus sombre. Selon notre sondage, la principale cause d’épuisement est dû aux consignes sanitaires changeantes et au fait que les organismes doivent continuellement se réinventer. La capacité d’adaptation est saturée; les groupes n’en peuvent juste plus et malgré nos nombreuses demandes de clarification et d’ajustement, le MSSS semble incapable de nous soutenir. La majorité des questions que nous lui avons adressées sont demeurées sans réponse. On se sent largué!

À la pression de gérer la conciliation travail/famille au sein des équipes, de composer avec leurs propres craintes et celles de leurs membres et de mettre en place des protocoles pour l’application des mesures sanitaires, les organismes se voient contraints de répondre à des exigences gouvernementales importantes pour réussir à obtenir un peu d’aide financière. Un peu de souplesse aurait été de mise. Rappelons que le gouvernement actuel s’était engagé à simplifier les procédures administratives pour l’obtention de financement pour les organismes.

Or, ce n’est pas ce qu’on constate sur le terrain actuellement. Exiger deux ou trois redditions de comptes supplémentaires aux organismes nous semble plutôt de l’excès de zèle. L’appareil gouvernemental entraîne une telle lourdeur dans les équipes de travail que certains groupes songent même à refuser des fonds.

Depuis le début des mesures d’urgence, ce sont le Conseil du Trésor, le ministre des Finances et le Conseil exécutif qui imposent leurs exigences pour obtenir des fonds et sur la reddition de comptes qui y est associée. Il en ressort un contexte d’autoritarisme où des consignes désincarnées du milieu et de la réalité du terrain ne font qu’ajouter à la lourde tâche des organismes depuis mars dernier. Comme, par exemple, le fait de maintenir notre obligation à tenir nos assemblées générales annuelles malgré les consignes de distanciation ou encore la fracture numérique qui touche plusieurs zones en Estrie et exclut des personnes.

Réunis en assemblée générale extraordinaire, les membres du ROC ont été estomaqués d’apprendre que les organismes centraux avaient autant de pouvoir! Ensemble, ils ont réfléchi à des stratégies d’action pour se faire entendre et pour que cesse cette forme de violence institutionnelle. Épuisés et à bout de souffle, certains ont même évoqué la possibilité de fermer quelque temps afin de prendre soin d’eux pour être en mesure de continuer à répondre aux besoins de leurs membres et de la population durant cette 2e vague.

Claudelle Cyr

Directrice

Regroupement des organismes communautaires

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