TRIBUNE LIBRE: Pourquoi de long travaux de cinq mois à North Hatley?

Yves Tardif
TRIBUNE LIBRE: Pourquoi de long travaux de cinq mois à North Hatley?

Monsieur le Ministre des Transports (François Bonnardel),

Vos employés m’envoient un communiqué sur la reconstruction du pont à North Hatley. Ce communiqué me remercie de ma compréhension. En réalité, mon sentiment en est un d’incompréhension.

Je ne remets pas en question la nécessité de reconstruire le pont.  Question réglée.

Mais je remets en question la durée des travaux, cinq mois, d’août à décembre inclusivement. Pensez-y sérieusement. En 1944-45, les Alliés ont installé plus de 1000 ponts Bailey, souvent sous le feu ennemi et en une nuit, sur différents cours d’eau, notamment sur le Rhin, un fleuve drôlement plus large et mouvementé que la rivière Massawippi. Je comprends que c’était une structure temporaire destinée à faire passer rapidement le plus grand nombre de fantassins et de chars d’assaut afin d’envahir l’Allemagne.

Je me rappelle qu’un de vos prédécesseurs dont j’oublie le nom a dit il y a quelques années qu’il fallait changer la culture de votre ministère. Pour moi, cela veut dire que les travaux publics doivent être bien faits, à bon prix, sécuritaires et faits rapidement.

Je ne sais pas si la situation est unique au Québec ou si elle est généralisée en Amérique du Nord, mais je trouve que les travaux publics ici sont faits lentement.

Imaginez, cinq mois pour remplacer un pont de 50 mètres, même s’il sera un  peu plus haut. Je sais que j’exagère, mais, à ce rythme-là, l’Europe serait encore aujourd’hui sous la botte allemande!

À titre de ministre, vous devriez toujours demander à vos employés que la durée des travaux soit la plus courte possible. Cela éc…., je veux dire exaspérerait, moins le citoyen.

À ce sujet, un ingénieur de votre ministère a-t-il pensé à suggérer l’installation d’un pont Bailey en amont sur la rivière? Cela s’est déjà fait au Québec. En février 1951, trois ans après son inauguration, le pont Duplessis s’est effondré à Trois-Rivières.

Pour la petite histoire, lors de ladite inauguration, Maurice Le Noblet Duplessis avait déclaré que le pont était aussi solide que l’Union nationale (sic). Jamais à court d’arguments et de facéties, le premier ministre expliqua ensuite que l’effondrement était dû aux «communissses» (véridique). Quoiqu’il en soit, il eut le judicieux réflexe d’autoriser l’installation d’un pont Bailey pendant la reconstruction.

S’il vous plaît, ne me répondez pas. À titre d’ancien député (il y a presque un demi-siècle) et d’ancien haut fonctionnaire, je connais la chanson. Un de vos employés m’enverrait une lénifiante lettre qui ne règlera rien.

Agissez. Soyez efficace, c’est-à-dire atteignez vos objectifs, ce que vous faites sans doute, mais soyez surtout efficient, c’est-à-dire dans le plus court délai.

Finalement, à plusieurs reprises, des organismes comme l’Association pour l’usage et le soutien de la langue française, dont je fais partie, vous ont   reproché d’utiliser le mot «détour» au lieu du mot «déviation». Je comprends que vos ingénieurs ne sont peut-être pas tous des spécialistes de la langue française, mais vous, le ministre, roi et maître dans votre royaume, vous pouvez leur interdire d’utiliser cet anglicisme apparemment indéracinable.

Veuillez agréer, monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

Yves Tardif

Sainte-Catherine-de-Hatley

 

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