TRIBUNE LIBRE: La protection du patrimoine bâti local et régional au Québec est un enjeu «d’intérêt national»

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TRIBUNE LIBRE: La protection du patrimoine bâti local et régional au Québec est un enjeu «d’intérêt national»

Lettre ouverte à Madame Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications du Québec.

Les médias ont fait état du récent rapport de la vérificatrice générale du Québec sur la performance de votre ministère de la Culture et des Communications (MCC) en matière de préservation et de mise en valeur du patrimoine bâti.  Je reprends quelques éléments de l’éditorial de Robert Dutrisac, paru dans Le Devoir du 4 juin dernier.

Le MCC refuse de protéger les bâtiments qui ne présentent pas un «intérêt national».  Il revient aux Municipalités de protéger des bâtiments dont l’intérêt est jugé local ou régional, mais qui, souvent, constituent des ensembles et la trame des vieux quartiers de plusieurs villes ou villages. Une majorité de Municipalités estiment qu’elles ne possèdent pas une expertise suffisante en patrimoine immobilier.

Cet état de fait décrit assez bien la situation que nous vivons actuellement à Orford.  En novembre 2019, la Municipalité annonçait la disparition d’une modeste maison de bois datant de 1896, la petite maison blanche d’Orford, situé au 2304 du chemin du Parc, pour faire place à la construction d’un nouveau pavillon communautaire. Cette décision ne prenait pas en compte l’existence d’une étude commandée par la MRC Memphrémagog (2015) indiquant que ce bâtiment était le mieux préservé du seul ensemble d’intérêt patrimonial à Orford, soit l’ensemble du village de Cherry River.

Cette petite maison possède, entre autres, une grande valeur historique, emblématique et paysagère pour beaucoup de personnes d’Orford et de la région. Elle appartient à la Municipalité qui en a fait l’acquisition en 2011. Depuis 2014, la maison est devenue un petit centre communautaire où se tiennent de nombreuses activités et des rencontres d’organismes et d’associations du milieu. Elle fait face à de petites maisons anciennes de la même époque qui témoignent de la fondation du village de Cherry River et de l’histoire des familles pionnières de ce secteur. Un parc municipal très populaire a été aménagé sur le grand terrain de la maison.

La menace de démolition de la maison blanche a provoqué la mobilisation des acteurs du patrimoine qui se sont fait entendre auprès de la Municipalité et des médias locaux, saluant la construction d’un nouveau centre communautaire mais s’opposant à la démolition de la maison ancienne, favorisant plutôt sa rénovation et son intégration au futur pavillon communautaire. En janvier 2020, le conseil municipal a fait preuve d’une certaine ouverture et a mandaté une firme d’architecte de Sherbrooke pour procéder à une évaluation patrimoniale de la propriété. Le rapport reçu ne fait pas l’histoire du bâtiment et utilise une grille d’évaluation pancanadienne pour déterminer la valeur du bâtiment, ce qui n’est pas la pratique habituelle au Québec.

Le 4 mai dernier, face à la mobilisation contre la démolition, le Conseil municipal a décidé de revoir entièrement son projet de pavillon communautaire et de procéder à un appel d’offres de services pour la préparation de plans et devis pour la construction, en excluant toutefois la petite maison blanche. L’avenir de la maison, qui restera en place selon le Conseil, est repoussé à une date indéterminée, après une réflexion élargie, à venir, sur la préservation du patrimoine du village de Cherry River. Le document d’appel d’offres indique aux soumissionnaires que le projet de pavillon doit être conçu et implanté indépendamment de la maison blanche. À aucun endroit dans le document, il n’est question d’une certaine harmonisation du projet avec le bâtiment ancien ou le paysage environnant. Or, le nouveau pavillon sera construit à moins de 30 pieds à l’arrière de la maison ancienne, sur son terrain. En excluant de la sorte la petite maison du futur pavillon, nous craignons que l’ancienne demeure soit ainsi placée sur une voie d’évitement et qu’elle soit considérée par certains, comme une nuisance devant le pavillon tout neuf.

Nous avons acheminé, le 2 juin dernier, deux propositions de classement à votre Ministère. L’une porte sur la petite maison blanche et son terrain et l’autre sur le site patrimonial de la rivière aux Cerises et du village de Cherry River. Pour les citoyens d’Orford et pour ceux de beaucoup de municipalités du Québec, la demande de classement auprès du MCC représente le seul et ultime recours face à l’incapacité de nos municipalités d’assumer pleinement leur responsabilité de protection du patrimoine bâti.

Pour cette raison, nous vous demandons d’analyser dès maintenant, toute proposition de classement en fonction non seulement de son «intérêt national» mais aussi et d’abord en fonction de son «intérêt local et régional».  Si le MCC ne le fait pas, aucune autre autorité gouvernementale n’est en mesure de le faire.  La préservation et la mise en valeur du patrimoine bâti des villes et villages de toutes les régions du Québec constituent un enjeu «d’intérêt national».

 Denis Tremblay

Citoyen d’Orford

Membre du conseil d’administration de la Société d’histoire du canton d’Orford

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Michel Morissette

L’harmonie architecturale avec le patrimoine bâti et avec ses défenseurs commande une réévaluation du mandat donné à la firme d’architectes. Quel beau projet à soumettre à cette entreprise de Magog : harmoniser le passé et le futur de la municipalité.