Tribune libre: chère SOPFEU

Par le reflet du lac
Tribune libre: chère SOPFEU

D’entrée de jeu, ne t’offusque pas trop.  Ce qui va suivre n’est pas destiné qu’à toi.  Mais là, ce matin, tu as lancé le CL-215 qui a fait déborder le lac.

Avec l’interdiction de faire des feux à ciel ouvert, je ne pourrai pas allumer de feu sacré pour me ressourcer en ces temps difficiles, pas plus que je ne pourrai allumer de feu de joie à partager avec ma famille.  C’est très triste.

D’autant plus que je ne comprends pas pourquoi.  J’habite en Estrie/Montérégie depuis une vingtaine d’années, je fais des feux régulièrement et je n’en ai jamais perdu le contrôle.  Pas plus que je n’ai été témoin d’une telle situation dans mon entourage.

Oh, tu n’es pas seule à penser ainsi.  Ma municipalité avait déjà eu la même brillante idée il y a quelques semaines.  Alors qu’il y avait encore de la neige au sol.

Il faut dire que la situation est particulièrement difficile.  Neuf incendies ont touché 0.3 hectare depuis le début de la situation de protection, selon La Presse.  En moyenne, c’est 17 feux pour une superficie de 8.9 hectares.  Euh, attends, je ne comprends pas…  On n’en est à peine à 2% de la moyenne.  Et 0.3 hectare, c’est le 5e de mon terrain.  Environ 30,000 pieds carrés.  À l’échelle de deux régions complètes?

Ah, oui, c’est vrai, j’oubliais : il y a la COVID.  Qui, elle aussi, est complètement hors contrôle.  Quelque 1800 morts au Canada en date du 16 avril.  J’en suis honnêtement et très sincèrement désolé ; mais, pour être juste et équitable, je devrais l’être deux fois moins que pour les 3500 morts annuels de la grippe, selon les chiffres cités le 2 avril dernier par Radio-Canada.

Je sais, je sais : tant pour les feux de forêt que pour les morts de la COVID, c’est grâce aux mesures de confinement, sagement respectées par la population, que les chiffres ne sont pas aussi dramatiques.  Potentiellement entre 11 000 et 22 000 morts à l’échelle du Canada, selon les scénarios.  Mais, attendez : n’était-ce pas supposé être LA grande épidémie, qui allait rejoindre, voire dépasser, la grippe espagnole, celle qui mouillait les yeux de ma grand-mère quand elle en parlait?  55 000 morts au Canada!  Et attention : il n’y avait que 7,2 millions d’habitants à ce moment.  Si on extrapole à la population d’aujourd’hui, on obtiendrait 287 000 morts.  On n’est pas un peu loin du compte?

C’est sûr, des dizaines de milliers de morts, ça donne le tournis.   Mais quand on met ça en perspective avec les statistiques nationales de 2018 qui recensent 80 000 décès causés par le cancer, 53 000 par les maladies du cœur, 13 000 par les maladies cérébrovasculaires, 13 000 par maladie respiratoire chronique et 13 000 par accident, je ne suis plus du tout sûr de te suivre.

Rassure-toi, je ne crois pas que tu fasses partie d’un grand complot.  Quoi que…  Au fil des derniers jours, j’en suis venu à croire que tu fais partie d’un grand groupe de personnes à qui la situation des dernières semaines a conféré des pouvoirs et responsabilités qui les amènent à la limite de ce que leur jugement peut sainement supporter.  Comme la responsable des résidences du cégep de Sherbrooke qui a signé l’avis d’éviction de trois étudiants étrangers vivant sur le même étage depuis des mois, parce que, n’étant pas assimilables à une famille, ils se devaient de respecter une distanciation sociale de 2 mètres tout en partageant salle de bain, cuisine et salon.  Le corridor est-il seulement large de 2 mètres?  Par sûr.  De toute façon, qu’ils restent dans leur chambre… de 2,44m par 2.74m.  Huit pieds par neuf pieds.  Seuls.  C’est excellent pour le moral.

Je pourrais te parler aussi des policiers qui sont plus rapides que d’autres sur LA contravention à trois zéros, ou qui en profitent pour entrer sans mandats dans les résidences de punks.  Des antennes 5G qui apparaissent partout en vitesse, malgré les réserves émises depuis des mois par plusieurs scientifiques et citoyens.  Jusqu’aux ministres qui n’ont plus le temps de répondre aux questions de l’opposition, selon leur patron!    Et le Conseil du trésor qui veut renégocier les conventions collectives sous pression pour trois ans sous prétexte de la crise actuelle.  Pense-t-on sérieusement nous confiner pour 36 mois?  Près de 1100 jours?  Ça n’a sûrement rien à voir avec l’idée de mettre derrière soi les négociations du secteur public avant les élections, qui auront lieu dans à peine 900 jours.  Quoi que, des élections…  est-ce vraiment nécessaire?  Toutes ces mains serrées…  ouache!

D’accord, l’erreur est humaine.  C’est tellement facile de jouer les gérants d’estrade, après coup, surtout en des temps aussi incertains.  Est-ce que j’aurais fait mieux?  Je ne sais pas.  L’exercice du pouvoir n’est pas chose facile pour nous, pauvres mortels ; c’est pourquoi notre société a gardé jusqu’ici un équilibre ou quelque chose qui s’en approche en lui apposant des contre-pouvoirs, question d’éviter une dérape.  Partis d’opposition, syndicats, journalistes inquisiteurs, militants de tous crins…  Tu sais, toutes ces choses qui nous détournent des vraies affaires et qui font tellement pas propre?

Alors, à moins qu’il y ait quelque chose qui m’échappe, du genre que les pompiers de la forêt sont actuellement occupés à assister le personnel des CHSLD, j’aimerais te rappeler très poliment que nous vivons encore, à l’heure actuelle, dans une démocratie.  Et qu’il faudrait que toi et tes amis décideurs cessent de mettre de l’avant toutes les mesures dont ils ont toujours rêvé pour rencontrer leurs objectifs, aussi nobles soient-ils, mais qu’ils n’ont jamais pu mettre de l’avant en temps normal, faute d’acceptabilité sociale.

La situation n’est finalement pas si catastrophique qu’on le croyait et c’est tant mieux.  Admets-le donc ; tu vas voir, ça fait du bien d’accepter qu’on a droit à l’erreur.  Ça ne veut pas dire qu’elle n’est pas préoccupante.  Oui, la situation actuelle n’est pas acceptable dans les CHSLD.  Elle ne l’était non plus avant l’épidémie dans certains cas, et elle le demeurera malheureusement dans plusieurs après ; il faudra s’en souvenir et prendre des mesures en conséquence.  Mais pas de celles qui déresponsabilisent les citoyens tout en brimant leurs libertés de mouvement, de réunion et d’association, pour ne nommer que celles-ci.  Car je ne suis plus dupe et, ce faisant, tu ne fais qu’alimenter mon cynisme.

Ah, je vois poindre l’arc-en-ciel…  Ensemble, on va y arriver!  Honnêtement, je ne sais plus trop où tu veux arriver, mais, au rythme où vont les choses, ce ne sera plus ensemble.  À moins que ce soit à ça, dans le fonds, que tu veux arriver?  L’exercice du pouvoir tranquille dans la bergerie?  Soit averti : à l’heure de la tonte, mais laine sera noire comme la suie que tu voulais tant éviter au départ…

Olivier Touchette

Citoyen en transition

Saintt-Étienne-de-Bolton

 

 

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ginette boudreau
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ginette boudreau

excellent !! je n’aurais pas pu mieux dire.