Tribune libre: sécurité ferroviaire, faut-il attendre une autre tragédie pour agir?

Par le reflet du lac
Tribune libre: sécurité ferroviaire, faut-il attendre une autre tragédie pour agir?
(Photo : Le Reflet du Lac /Archives - Dany Jacques)

Devant l’inertie de l’industrie ferroviaire et de Transport Canada en matière de sécurité ferroviaire, Québec solidaire Estrie exige du ministre Marc Garneau qu’il intervienne promptement pour assurer un milieu de vie sécuritaire aux communautés vivant à proximité du corridor ferroviaire de la Central Maine & Quebec Railway (CMQR).

Toutes les circonscriptions estriennes étant traversées par cette voie ferrée délabrée, l’ensemble des associations de Québec solidaire dans la région ajoute leurs voix à celles des intervenant.es qui ne cessent de réclamer des actions concrètes pour des chemins de fer dignes du 21e siècle en matière de gestion de la sécurité.

Nous constatons que l’industrie ferroviaire ne cesse de faire le plein de colère autour d’elle et de rendre la population, les élus locaux ainsi que les responsables des mesures d’urgence des municipalités très inquiets par le manque flagrant d’entretien de leurs infrastructures. C’est ce qui explique qu’un grand mouvement au sein des régions s’organise autour de l’enjeu de la sécurité des voies ferrées.

Le Comité sur le transport ferroviaire de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) s’est donné comme mandat d’accroître l’intermodalité, l’efficacité et la sécurité du transport ferroviaire. Dans une vidéo que l’on retrouve sur leur site web, on apprend que le réseau canadien ferroviaire est le 3e plus grand au monde, mais le 16e au monde pour la qualité de ses infrastructures, soit entre le Qatar et l’Azerbaïdjan.

Suite au déraillement à Bolton-Ouest le 16 novembre dernier, l’Alliance du corridor ferroviaire Estrie- Montérégie (ACFEM), regroupant des élus municipaux et de MRC, a interpellé les autorités pour que des actions soient posées pour rendre sécuritaire le corridor ferroviaire reliant Saint-Jean-sur-Richelieu à Lac-Mégantic.

Depuis la tragédie de Lac-Mégantic, le porte-parole de la Coalition des citoyens et des organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic, Monsieur Robert Bellefleur, ne cesse de sonner l’alarme sur les pratiques irresponsables de la  CMQR. Au début du mois de mai 2019, les autorités ont inspecté un segment ferroviaire à Nantes et ont identifié une section de rail dangereuse. Le 12 août, rien n’avait été réparé par  la CMQR et le 24 août, le train a déraillé à l’endroit ciblé par la Coalition.

Le groupe de M. Bellefleur s’est rendu jusqu’à Ottawa pour sensibiliser les élus à l’état du réseau, mais le ministre du Transport du Canada s’en est tenu à répéter que la sécurité ferroviaire s’était améliorée.

Pourtant, le Comité des citoyens pour la sécurité ferroviaire du secteur Deauville-Magog, représenté par Mesdames Isabelle Dionne et Anne Lebel, rappelait au  ministre Garneau que le nombre d’accidents ferroviaires, chiffré à 1 172 selon les données du Bureau de la sécurité des Transports du Canada, était en hausse de 7% en 2018.

Le Conseil régional de l’environnement de l’Estrie (CREE) a réclamé un suivi plus rigoureux de l’état et de l’entretien du réseau ferroviaire pour éviter les risques environnementaux liés au déversement de matières dangereuses qui seraient particulièrement sérieux pour les milieux fragiles comme les rivières, les forêts et les terres agricoles.

Bien que l’achat de la CMQR par le Canadien Pacifique (CP) semble rassurer plusieurs intervenant.es du milieu municipal, Québec solidaire rappelle que son bilan en matière de sécurité n’est  pas sans  taches. Cette année, deux déraillements se sont produits à l’intérieur d’un mois en Colombie-Britannique dont un a coûté la vie à  trois employés. Le CP est cette même compagnie  qui avait transporté le pétrole jusqu’à Montréal en juillet 2013 et sous-traité à la MMA la poursuite de la livraison jusqu’au Nouveau-Brunswick avec la conclusion que l’on connaît: 47 pertes de vies à Lac-Mégantic qui a laissé une communauté dévastée. Le CP n’a jamais reconnu sa responsabilité dans cette terrible catastrophe.

 

Notre demande est claire: le ministre du Transport du Canada, Monsieur Marc Garneau, doit reprendre immédiatement les commandes de la réglementation dans l’industrie ferroviaire. La tragédie de Lac Mégantic nous a appris comment l’industrie est davantage préoccupée à faire toujours plus de profits pour contenter ses actionnaires. Les vies humaines, la protection de l’environnement, la sécurité des équipements et des voies ferrées semblent le dernier de leur souci. Il est temps que le ministre assume son rôle de leader pour prioritairement protéger la population puis l’environnement en encadrant cette industrie dépassée. Sur le site du gouvernement du Canada, il est clairement indiqué que  «Transport Canada est responsable des politiques et des programmes en matière de transport du gouvernement du Canada. Le Ministère élabore des cadres législatifs et réglementaires et il assure la surveillance du transport au moyen d’activités liées aux lois, à la réglementation, à la surveillance et à l’application de la loi».

Il faut que les compagnies ferroviaires comprennent que ce n’est pas à elles d’écrire leurs propres règles, mais bien au ministre  d’imposer une véritable réglementation à laquelle l’industrie ferroviaire devra se conformer. Monsieur Garneau, il ne faut pas attendre une autre tragédie pour agir, il y a déjà eu trop de victimes.

 

Alexandre Legault, QS Brome-Missisquoi

Andrée Larrivée, QS Mégantic

Annabelle Lalumière-Ting, QS Orford

Colombe Landry, QS Richmond

Kevin Côté, QS Saint-François

Ludovick Nadeau , QS Sherbrooke

Nicolas Dionne-Pelletier, QS Estrie

 

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