Un policier de Magog lance un cri du cœur sur le suicide

Par Pierre-Olivier Girard
Un policier de Magog lance un cri du cœur sur le suicide
En publiant un texte sur le suicide, le policier de la RPM espère que les gens seront plus alertes à la souffrance qui les entoure. (Photo : Le Reflet du Lac - Archives/Pierre-Olivier Girard)

MAGOG. Un policier de la Régie de police de Memphrémagog a utilisé sa plume pour lancer un cri du cœur sur le suicide, en publiant une lettre qui a fait beaucoup réagir dans les médias.

Kevin Richard effectue de la patrouille depuis maintenant 14 ans. Comme tout intervenant d’urgence, le policier est confronté à bien des situations dans son quotidien. Certaines interventions sont plus banales, tandis que d’autres, au contraire, l’ont amené à réfléchir énormément.

Le suicide fait partie de ces souffrances auxquelles le Magogois a été exposé trop souvent, à son avis. À un point tel que l’agent Richard a senti le besoin, à l’automne dernier, de mettre des mots sur cette souffrance dont il est témoin. «J’ai écrit mon texte à titre personnel, parce que j’en avais besoin. Après y avoir longuement réfléchi, j’ai décidé de le partager, à l’occasion de la Semaine de la prévention du suicide. Si ça peut aider, ne serait-ce qu’une personne, alors mon but sera atteint», raconte le policier.

Écrit en français et en anglais, son texte a été publié dans des médias nationaux comme les Huffington Post et Ottawa Citizen. Il y a également eu beaucoup de partages et de réactions sur les réseaux sociaux.

Un intérêt qui lui donne espoir que son message a été entendu. «Tout le monde doit être alerte à la souffrance qui nous entoure, soutient-il. Parce que tout autour de nous, il y a des gens qui ont des pensées noires, sans qu’on le sache. Il faut sortir de notre bulle et être plus attentif, car le suicide est un vrai problème de société et personne n’est à l’abri.»

 

Demander de l’aide

L’agent Kevin Richard est bien placé pour en parler. Dans l’exercice de ses fonctions, il lui arrive fréquemment d’intervenir auprès de personnes en détresse, dont la vie ne tient qu’à un fil.

Et parfois, malheureusement, le mal est déjà fait. «Pour la majorité des policiers, la tâche la plus difficile de notre métier est d’annoncer le décès à la famille et d’entendre leurs cris d’horreur. Chaque mort est tragique, mais celle par suicide est particulièrement sombre et très noire. C’est le désespoir total. Et presque toujours, la famille ne se doutait de rien. Donc, le choc est encore plus brutal», confie-t-il.

Si des gens ont besoin de support ou craignent pour la santé d’un proche, Kevin Richard les invite à demander de l’aide, sans hésiter, en communiquant avec leur service de police.

Voici la lettre intégrale écrite par l’agent Richard:

La lutte contre les forces noires

Il y a beaucoup de désespoir dans ce monde, à un tel point que certains en viennent à vivre une sorte d’enfer personnel. Je l’ai vu, j’ai lutté contre lui et j’ai ressenti sa chaleur accablante.

Les événements tragiques qu’une personne peut vivre, et les choses terribles qu’une personne peut faire subir à une autre, peuvent être si affreux que le simple fait d’en entendre parler affecte parfois l’âme en permanence. Vous pourriez croire que de tels incidents sont rares et isolés, mais dans les faits ils ne le sont pas du tout. Ils sont nombreux.

Et même si nous sommes souvent exposés à des reportages négatifs, la plupart des souffrances qui nous entourent nous sont souvent inconnues. Il y a, en effet, beaucoup de douleur et de désespoir dans ce monde, à un tel point que certains en viennent à vivre une sorte d’enfer personnel.

Souvent, lorsque je fais une nouvelle connaissance, et lorsqu’elle apprend que je suis policier, elle me raconte une histoire concernant une contravention. Il s’agit, la plupart du temps, d’un plaidoyer voulant qu’elle aurait dû, selon elle, bénéficier de bienveillance de l’agent. L’application du Code de la route est en effet le contexte dans lequel les citoyens et les policiers ont le plus de contact, et je peux donc comprendre pourquoi il s’agit du premier sujet de conversation. Néanmoins, je suis toujours un peu surpris par le manque de connaissance au sujet des nombreuses «autres tâches» policières.

La plupart du temps, mes répliques à ce genre d’histoire se limitent à un simple sourire accompagné d’un haussement d’épaules, ou parfois je trouve le moyen de changer de sujet. Cependant, lorsque je me sens suffisamment énergique et sociable, et lorsque je me sens en compagnie d’une personne raisonnable, je redirige soigneusement la conversation vers d’autres aspects de mon travail.

Je fais savoir aux gens que la douleur et la souffrance de leur entourage sont probablement bien pires qu’ils ne le croient, qu’ils ont probablement un ami, un voisin, voir même un membre de leur famille, qui, sans leur savoir, luttent avec des pensées suicidaires.

Je tente de leur expliquer qu’une importante partie de notre charge de travail est dédiée à répondre à ces personnes en situation de crise.

Je dois admettre, cependant, qu’avec le temps, j’ai de plus en plus de difficulté à tout simplement changer de sujet face à ce genre de commentaire, malgré sa nature innocente ou rancunière et malgré mon niveau d’énergie, bas.

Parfois, au même moment où j’écoute ces histoires de contraventions, je soigne moi-même discrètement mes blessures. Bien que d’autres ne le remarquent peut-être pas, mes brûlures attribuables à mon exposition répétée aux flammes de l’enfer me font parfois mal. Bien que d’autres ne puissent pas l’entendre, mes oreilles sont parfois remplies de cris d’horreur. Et bien que d’autres ne le voient pas, mon esprit a parfois du mal à effacer des images ineffaçables, à oublier des événements inoubliables, et à dissimuler la contamination de mon âme.

«Comme ça c’est toi qui nous donnes des tickets, hein», a-t-elle dit, d’un ton plutôt passif-agressif. «Oui Madame,» ai-je répondu, en ressentant un raz-de-marée sur le point de bondir de ma poitrine.

«Ce n’est pas tout ce que je fais. Je me dépêche aussi pour venir en aide à ceux qui descendent en enfer. Il arrive, parfois, que j’arrive à temps, avant que l’enfer ne les dévore complètement, mais parfois non. Quand j’arrive à temps, je dois faire face à l’enfer dans lequel ils se retrouvent, tout en espérant que ça ne me dévore pas également. Quand je n’arrive pas à temps, je dois faire face au pouvoir dévastateur de l’enfer, et je dois braver la façon dont il va se déchaîner sur les êtres chers de la victime lorsque je leur apprendrai la nouvelle.»

«Oh», a-t-elle répondu. «Oui Madame…», répondis-je. «Je pourrais parler longuement de la mort et de la tragédie, de la douleur et du désespoir, et des démons qui parcourent nos rues, mais sachez ceci: beaucoup de gens autour de nous souffrent, et bien que je donne effectivement des contraventions, je lutte aussi contre les forces de l’enfer.»

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Ray
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Ray

Vraiment d’accord avec se policier 👮‍♀️ après avoir connu ça avec un proche qui avait lancé un crie du coeur en textant a une de ses amis et le premier répondant était un policier merci à ceux qui sont venu lui sauver la vie. Merci encore d’av etai là pour lui

Nicole Boisvert
Invité
Nicole Boisvert

J’aimerais tellement vous aider. Mon frère vivait à Magog quand il s’est suicidé. Il était accro à la cocaïne et il ne voyait plus la porte de sorti. Je vivais à Québec à ce moment-là et je n’ai pas pu l’aider, être avec lui, lui dire que tout va bien aller, que je suis là.

Jocelyne Pouliot
Invité
Jocelyne Pouliot

Merci…être premier répondant vous plonge dans les drames ,dans les souffrances volontaires ou accidentelles. Ce qui s’imprime dans la mémoire par le regard que l’on ne peut détourné fera partie de nous et pourrait devenir trop lourd à porter SEUL. Consoler, apporter la souffrance par une mauvaise nouvelle, et vous ??? ou en êtes vous???. Prendre soin de soi c’est reconnaître le besoin de partager ses souffrances et trouver le moyen qui nous rejoint le mieux…personnellement j’ai trouvé que l’art thérapie me permet de remettre en perspective et de vider les tiroirs de souffrances de l’inconscient…La libération et la connaissance… Read more »

Fred
Invité
Fred

Merci avec un grand M

Jessy
Invité
Jessy

Vous avez bien nommer la situation ou devrais je dire ressenti celui ci le désespoir, oui en effet c’est exactement se que les personnes qui passe à l’acte ressente et ceux qui les cotoie de proche le ressente aussi ce désespoir en effet sa laisse c’est trace. Demander de l’aide c’est bien mais encore faut-il tomber sur un professionnel qui sera entendre se que vous lui dites ? Je suis désolé que vous payer le prix fort du métier que vous faites mais en même temps contrairement à ce que certaines personnes peuvent pensé c’est exactement cela qui fait sans… Read more »

Stéphane
Invité
Stéphane

Après ce texte la conclusion est le travail de la police est environ 20% relié pour des contraventions. Plus ou moins il reste 80% pour venir en aide à la population. Retrouver des personnes s’en vie, des personnes âgées dans La difficultés ect…. j’ai toujours eu le respect pour eux, je montre exemple à mes enfants. Dites vous bien peut importe le moment détresse vous allez avoir, ils seront toujours permis les premiers arriver sur les faits et vous venir en aide. Même pour les personnes qui les détestent a mourir la police sera là pour les aider.

Louise D.
Invité
Louise D.

Il est très important de « s’aimer les uns les autres », sans juger, sans dénigrer, mais d’avoir en tête de soutenir les autres parce qu’on ne sait pas tout ce par quoi une personne peut traverser et le fait de se sentir seul n’aide vraiment pas. Mais ce commandement n’a pas été établit pour rien : « Aimez votre prochain comme vous-même ».

Linda
Invité
Linda

Merci d être présent pour ses gens là qui on une souffrance que personne ne connaît mais que vous vous pouvez aider…merci pour ce texte qui peux aider des jeunes dans le besoin…et Merci pour votre beau travail

Nicole
Invité
Nicole

Merci , tout simplement merci …..

Diane Mailhot
Invité
Diane Mailhot

Merci pour votre belle lettre honnête de la dure réalité. Moi mon frère a passé à l’acte il y a plusieurs années et j’y pense encore souvent au geste qu’il a posé. Ma famille et moi avons eu la chance d’avoir un premier intervenant pour essayer de nous donner des réponses. Car il est certain que nous avions beaucoup de questions. Le policier a fait du mieux pour nous aider. Moi je dis un gros merci à ces policiers qui sont là pour nous aider . Surtout à ne pas oublier qu’ils sont des êtres humains eu aussi avec leurs… Read more »

Suzane
Invité
Suzane

Merci à vous Kevin et vos collègues pour votre don de soi ,vous êtes toujours présent,on peut compter sur vous quel que soit la situation,à travers ces tumultes prenez soin de vous!!

Hélène
Invité
Hélène

Merci pour ce beau texte qui fait beaucoup réfléchir et j’espère que plusieurs liront votre lettre et en prendront conscience que cela n’est loin d’être facile votre métier, je vous souhaite le meilleur pour le futur et merci d’être là pour nous les concitoyens.

Patrick Robert
Invité
Patrick Robert

Vous avez tellement raison,
Nous citoyens on pense juste au contravention.
Merci pour votre beau témoignage qui fait vraiment réfléchir…
Merci au policier pour votre beau travail que nous citoyens sommes pas conscients chaque jours des épreuves que vous devez faire face.