Des visiteurs inattendus à Magog pour le jour de l’An de 1969

Par le reflet du lac
Des visiteurs inattendus à Magog pour le jour de l’An de 1969
Le 1er janvier 1969, tout le Québec est paralysé par une violente tempête de neige. Magog n’est pas épargnée avec un déraillement de train et l’immobilisation d’un second convoi ferroviaire. (Photo : Roger Charland, Fonds Jean-Maurice Lapalme, SHM)

Le 1er janvier 1969, tout le Québec est paralysé par une violente tempête de neige qui a commencé la veille et la région de Magog n’est pas épargnée.

Sous une température sibérienne de -25o Fahrenheit (-32o C), plus de 50 cm de neige s’accumulent. De forts vents soufflent, formant des murs d’une hauteur de plus de 5 mètres par endroit, immobilisant les transports aériens, routiers et ferroviaires.

Dans l’avant-midi du 1er janvier, un premier convoi ferroviaire du Canadien Pacifique (CP), en provenance de Sherbrooke avec 35 passagers à bord, est immobilisé à l’entrée est de Magog par l’abondante neige. Afin de dégager la voie principale, il doit être reculé sur la voie de chargement de la Dominion Textile. En début de soirée, un autre convoi de la même compagnie en direction de Lac-Mégantic et du Nouveau-Brunswick, tiré par deux locomotives, déraille à l’entrée ouest de Magog, près des rives du lac Memphrémagog avant d’atteindre la traverse à niveau de la rue Principale. Quelque 200 passagers sont prisonniers à bord.

Puis, comme un malheur n’arrive jamais seul, peu après minuit du 1er au 2 janvier, un autre incident survient. Immobilisées par la tempête, 36 personnes (6 familles) doivent abandonner leurs véhicules sur la route 1 près du lac (aujourd’hui la 112), à l’entrée ouest de Magog. Pour se mettre à l’abri, elles pénètrent par effraction dans le garage (B/A) de A.F. Cotterell & Son. Parmi elles, deux femmes sont enceintes.

Le problème le plus complexe est celui du train qui a déraillé. Pour chauffer les wagons immobilisés, les locomotives doivent être approvisionnées en eau et le CP fait appel aux services d’urgence de la Ville. Ces derniers, déjà débordés par les événements des dernières heures, se disent incapables de répondre à leur demande. Les employés de la Ville ayant pris les bouchées doubles pour remettre sur les rails une locomotive diesel et un wagon, dans la nuit du 1er au 2 janvier, Oliva (Titou) Hamel, conseiller municipal responsable des travaux publics, ordonne aux équipes de travailleurs de quitter leurs postes jusqu’au matin. Le maire Maurice Théroux, qui est en même temps employé du CP, doit intervenir et donne ordre de fournir l’eau tel que demandé par la compagnie. Les pompiers réussissent de peine et misère à localiser et à libérer une borne-fontaine pour y brancher les boyaux d’alimentation.

Dès le début de la tempête, le CP met tout en œuvre pour corriger la situation : des locomotives chasse-neige sont dirigées à Magog et travaillent sans relâche à dégager la voie ferrée, mais elles ne suffisent pas. Pour compliquer la situation, l’une d’elle déraille à son tour. D’imposantes grues s’affairent à remettre les wagons sur les rails.

La population de Magog se mobilise pour venir en aide aux sinistrés et Magog bourdonne d’activités. L’hôpital ravitaille les passagers en eau potable et fournit le lait nécessaire aux jeunes enfants. Les restaurants, qui en accueillent un grand nombre, affichent complet et la Dominion Textile met sa cafétéria à la disposition des passagers. Quelques familles accueillent des voyageurs chez elles. Le transport des passagers, des policiers-pompiers et des travailleurs est assuré par des motoneigistes. À ce chapitre, les constables Marcel Bousquet, Marius Goyette, et Robert Sergent se distinguent par leur dévouement.

Vingt-quatre heures plus tard, les convois sont en mesure de se remettre en marche, mais ce n’est qu’une semaine plus tard que la circulation routière revient à la normale. Malgré toute cette agitation, Magog sort de cette crise sans aucun blessé ni incident fâcheux. De leur côté, les voyageurs sont reconnaissants pour tous les efforts déployés par les autorités, les employés municipaux, ainsi que par la population. Une façon mémorable de «défoncer» la nouvelle année!

(Remerciements à Marcel Bousquet et Richard Dezan, deux témoins visuels de l’incident qui nous ont fourni des informations utiles).

 

Serge Gaudreau et Maurice Langlois

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Carole Roy

Je me souviens très bien de ce jour de l’An. Comme à tous les ans mon grand père nous recevait dans un hôtel de la région pour fêter le Jour de l’An en famille. Cette année là c’était à la Châtelaine du Lac à Eastman
Nous avons pu retourner à la maison, mais nos parents qui sont allés chez notre grand père jouer aux cartes, n’ont pas pu revenir à la maison….
Le lendemain matin, mon père se promenait en ski doo pour aider les gens pris dans le train.