Entrepreneurs et non-voyants

Par Patrick Trudeau
Entrepreneurs et non-voyants
Malgré leur handicap visuel, Daniel Bonin et Maryse Sauvé ont choisi de se lancer en affaires et de commercialiser un produit peu connu des Québécois. (Photo : gracieuseté -AMI-télé)

EMPLOI. Il faut souvent beaucoup de détermination et une certaine vision pour se lancer en affaires, surtout lorsqu’on commercialise un produit méconnu. Ça tombe bien, puisque de la détermination, Daniel Bonin et sa conjointe Maryse Sauvé en possèdent une bonne dose. Et leur esprit visionnaire ne fait aucun doute… même s’ils sont tous les deux aveugles.

Lorsque la chaîne AMI-Télé cherchait des candidats pour son émission «Rien n’est impossible» (qui sera diffusée ce dimanche 24 février), elle a assurément frappé le gros lot en cognant à la porte de M. Bonin et Mme Sauvé.

Établi à Stukely-Sud depuis quelques années, le sympathique couple a décidé de construire une immense canardière et de se lancer dans l’élevage des canes, afin d’en commercialiser les œufs à grande échelle.

Au début du mois de mars, 60 jeunes pensionnaires – tous des canetons – feront leur entrée dans leur nouvelle résidence judicieusement appelée «À la canne blanche».

Et vous pouvez parier qu’ils seront traités aux p’tits oignons. «On voulait uniquement des bébés, afin qu’ils puissent s’habituer à notre présence dès leur jeune âge. Maryse est une véritable maman lorsqu’elle s’occupe de ses oiseaux», louange Daniel Bonin.

Au plus fort de leur production, les deux entrepreneurs non-voyants prévoient gérer quotidiennement plus de 600 oiseaux, ce qui en ferait le plus important élevage du genre destiné à la ponte au Québec. «Être aveugles et vouloir se lancer en affaires, il faut croire que nous sommes des oiseaux rares», clame M. Bonin, avec un enthousiasme teinté d’humour.

Maryse Sauvé est comme une véritable maman lorsqu’il s’agit de prendre soin de ses oiseaux. (Photo gracieuseté – AMI-télé)

Créer leur propre emploi

Âgés respectivement de 43 et 53 ans, Maryse Sauvé et Daniel Bonin forment un couple depuis près de huit ans. Autrefois résidents de la Rive-Nord de Montréal, ils ont connu diverses expériences personnelles et professionnelles chacun de leur côté, avant de se rencontrer et de déménager en Estrie.

Constatant qu’il était de plus en plus difficile de trouver du boulot lorsqu’on souffre d’un handicap visuel, ils ont décidé de «créer leur propre emploi» en mettant sur pied leur entreprise agricole.

Déjà passionnés par leur petit élevage d’une vingtaine de canes, ils s’imaginaient opérer une canardière beaucoup plus vaste, avec quelques centaines de volailles à l’intérieur. Tout cela, en assurant eux-mêmes les soins aux animaux, l’entretien du bâtiment et la cueillette des œufs.

Lors du segment d’émission qui leur est consacré, on découvre d’ailleurs leur façon de travailler et toute l’importance du toucher. «En fouillant délicatement dans la ripe avec nos mains (et des gants), on réussit à trouver tous les œufs», explique Maryse, en démontrant sa technique devant les caméras de télé.

Construire en hiver: tout un défi

Au fil de nombreuses démarches, discussions et stratégies auprès de diverses instances (Financière agricole, MRC de Memphrémagog, etc.), un bâtiment de 30 pieds par 120 pieds a pris forme l’automne dernier sur leur propriété. L’élévation des premiers murs s’est faite le 17 novembre – au lendemain d’une tempête de neige – en compagnie de quelques parents et amis.

Les deux entrepreneurs estiment avoir mis «tous leurs œufs dans le même panier» (toutes leurs économies!) dans ce projet évalué à 150 000 $. «Heureusement, nous n’avons pas eu à débourser pour la main d’œuvre, puisque nous recevons de l’aide bénévolement de nos proches et que nous faisons tout nous-mêmes. Ça avance vraiment bien; au moment où on se parle, je travaille sur la plomberie», lance tout bonnement Daniel Bonin.

«C’est quand même tout un défi de construire un nouveau bâtiment avec l’hiver qu’on connaît. Certaines journées, on doit travailler à moins 20 (degrés), alors que le lendemain, on peut se retrouver les deux pieds dans l’eau», constate-t-il.

«Même si on l’a eu difficile, ça reste un projet très stimulant, qui va nous aider à gagner notre vie. Et on vient de bâtir quelque chose qui va nous occuper facilement jusqu’à notre retraite.»

L’élévation des premiers murs s’est faite le 17 novembre – au lendemain d’une tempête de neige – en compagnie de quelques parents et amis. (Photo gracieuseté – AMI-télé)

«Il peut se garder 36 jours sur le comptoir»

Diplomé en droit, Daniel Bonin est complètement aveugle depuis l’âge de 20 ans. «Je devais perdre la vue à un an, mais j’ai subi 29 opérations lorsque j’étais enfant et j’ai finalement gagné du temps pendant une vingtaine d’années. Et puis, ce fut la grande noirceur du jour au lendemain. Heureusement, ma tête est encore remplie de couleurs», se plaît-il à dire.

De son côté, sa conjointe a commencé à perdre graduellement la vue à l’âge de 17 ans, en raison d’une maladie de l’oeil dégénérative. «Je vois encore un peu, tout dépendant des contrastes et de la lumière. On me dit que j’aurai perdu toute vision à 50 ans, alors, il me reste au moins sept belles années», a-t-elle lancé avec son éternel sourire, lors du tournage de «Rien n’est impossible».

Bien servi par son entregent, M. Bonin est aussi représentant de la Fondation Mira depuis une trentaine d’années. Le contact avec le public est donc loin de l’effrayer. «J’aime beaucoup rencontrer les gens. J’ai d’ailleurs hâte de présenter mon produit aux différentes épiceries et chaînes d’alimentation. On a préparé des boîtes spéciales, parce que notre offre est spéciale. Il faut faire en sorte de donner une bonne première impression», plaide-t-il.

Légèrement plus imposant qu’un œuf de poule de catégorie «extra gros», l’œuf de cane se distingue par une coquille plus rigide, une forte teneur en protéines et des propriétés de conservation importantes. «Il peut se garder 36 jours sur le comptoir», assure Daniel Bonin.

«En plus, on tombe dans un bon moment, puisque le nouveau guide alimentaire canadien propose justement à la population de diversifier ses sources de protéines», ajoute M. Bonin, en prenant la balle au bond.

Diffusion le 24 février à 19 h

Accessible gratuitement à tous les abonnés de câblodistribution, AMI-télé est une chaîne avec vidéodescription et sous-titrage codé, dont le but premier est de desservir une clientèle aveugle ou malvoyante.

Plusieurs de ses émissions servent d’ailleurs à mettre en valeur des citoyens vivant avec un handicap visuel.

Le documentaire «Rien n’est impossible» sera présenté une première fois le dimanche 24 février à 19 h, mais il sera ensuite offert en rediffusion dans les jours suivants ou sur le site Internet www.amitele.ca. En plus du couple Bonin-Sauvé, l’émission tracera le portrait de Gabriel Couture (président du Groupe Financier Stratège) et Gérard Cécire (fondateur de l’entreprise Point-par-Point), deux autres entrepreneurs au parcours particulièrement inspirant.

L’émission «Rien n’est impossible» met en vedette quatre entrepreneurs au parcours fort inspirant, dont Maryse Sauvé et Daniel Bonin. (Photo gracieuseté – AMI-télé)
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Wow! I am impressed. Well done, fellow villagers Maryse and Daniel!
I hope to find some of your duck eggs to try. 🙂