La bénédiction paternelle du jour de l’An: une tradition disparue

Par le reflet du lac
La bénédiction paternelle du jour de l’An: une tradition disparue
La bénédiction 1912, selon Edmond-Joseph Massicotte.

Combien parmi vous recevront la bénédiction paternelle, en ce Jour de l’an 2019? Je soupçonne que personne n’assistera à cette scène traditionnelle canadienne-française aujourd’hui disparue. Cette tradition remonterait à très loin et aurait une origine biblique. Elle n’a pas été inventée ici. Elle serait arrivée de la vieille France, probablement de la Normandie, avec le régime français. Quand les enfants étaient plus jeunes et encore à la maison, tôt le matin du jour de l’an, il appartenait à l’aîné de demander au père de bénir toute la famille. Plus tard, après avoir quitté la maison familiale pour fonder à son tour sa propre famille, le fils se rendait chez son père solliciter sa bénédiction pour lui-même et les siens. Je me souviens très bien d’une visite de notre famille le matin du 1er janvier chez nos grands-parents Langlois, demeurant alors au 88 de la rue Saint-Jacques. En ce jour mémorable, mon père allait demander à son père de le bénir ainsi que sa famille, incluant sa femme. À la demande de celui-ci, tous ceux qui étaient présents s’agenouillaient et il s’exécutait avec une certaine gêne, mais aussi avec beaucoup d’émotion. Debout, l’aïeul faisait le signe de la croix et prononçait une courte prière de bénédiction en disant : «Je vous bénis au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit». Par ce geste, il demandait au Seigneur de protéger son fils et sa famille de la maladie, de tout accident, ainsi que des épreuves auxquelles les familles étaient confrontées. Une fois la bénédiction terminée, tous se relevaient et se souhaitaient une bonne et heureuse année. Comme la maison de la rue Saint-Jacques qu’il avait construite lui-même n’était pas très grande, et que mes grands-parents avaient eu 13 enfants, la courte cérémonie était répétée plusieurs fois cette journée-là. Ce rituel était suivi d’un copieux repas de dinde préparé par la grand-mère et servi en plusieurs «tablées» vu le nombre de personnes à servir. Autrefois, cette pratique était quasi obligatoire dans les familles chrétiennes. Il est vrai que les curés de paroisses et leur évêque, qui souhaitaient que la tradition soit maintenue, recommandaient fortement la pratique de cette coutume à leurs paroissiens. Cependant, ce geste n’était pas uniquement à caractère religieux. Il donnait aussi au père l’occasion d’exprimer aux membres de sa famille qu’il les aimait. À l’époque, un père manifestait ses sentiments par des gestes plutôt que par des paroles. De plus, par cette tradition il réaffirmait son l’autorité. Comme tous ces rituels à caractère religieux, ce moment intime et privilégié  aujourd’hui quasi disparu  dans nos sociétés de consommation, est encore présent dans certains milieux. Cette bénédiction se pratique rarement aujourd’hui pour plus d’une raison, dont la place qu’occupe la religion dans nos vies, l’éclatement des familles et le rythme de vie contemporaine. Dans les rares familles où elle est encore pratiquée, cette tradition a perdu son caractère exclusivement religieux.   Par Maurice Langlois Membre Société d’histoire de Magog

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