Comment puis-je encore être fier d’être Québécois?

Par superadmin
Comment puis-je encore être fier d’être Québécois?

Un peuple se définit essentiellement par sa langue et sa culture – ses us et coutumes, son caractère, ses choix sociétaux. Jeune homme, passionné d’histoire et d’art, je me réjouissais d’être membre du Conseil international des monuments et sites (ICOMOS, section Canada-Québec) et d’avoir le privilège de visiter les chantiers québécois de rénovation patrimoniale (comme le moulin de La Chevrotière, la Seigneurie des Aulnaies), guidé par l’architecte des monuments historiques responsable du lieu.

Les années 1960-1970 furent celles du recensement national de nos biens patrimoniaux à l’échelle du Québec. De même, nous cessions enfin de vendre aux États-Unis nos objets et mobiliers d’autrefois pour se les réapproprier dans nos décors familiers. D’aucuns audacieux et courageux, mus par la lecture des livres de Lessard, de Laframboise ou élèves de Mme Gauthier comme je le fus un trimestre, se lançaient dans la rénovation ou mieux, la restauration d’une maison patrimoniale, d’une grange, d’un rare moulin, pont couvert ou la sauvegarde d’une église, d’archives écrites ou photographiques et de bien d’autres objets qui nous définissent comme nation, nous rappelant nos origines et l’évolution de notre histoire.

Après une absence de deux décennies vécues en Europe, dans les mois qui suivirent mon retour, je devins membre de la Société d’histoire et du Centre d’archives Pierre-de-Saurel, puis président d’icelle, pendant trois passionnantes années passées à lutter contre les abandons, les échecs, l’indifférence qui malmenèrent notre patrimoine pendant les années 1990-2000.

Si aujourd’hui je sors de ma réserve, c’est que je ne peux contenir ma colère et ma honte devant la pauvreté intellectuelle qui a gagné mon pays qui ne parle plus qu’un sabir dit «franco-anglais», au vocabulaire tellement pauvre, de même devant le renoncement de plus en plus courant à sauver les témoins de notre histoire…

J’en veux pour preuve la polémique suscitée par le projet de revitalisation de la maison Merry à Magog. Né dans cette ville il y a six décennies, la vie m’a ramené dans sa région en 2009. De tout temps, je fus viscéralement attaché à l’Estrie où reposent tant des miens depuis bientôt deux siècles et où vit toujours parenté et parentèle. Certes, le prix d’achat de cette résidence Merry fut exorbitant, donc mal négocié au départ. Certes laissée à elle-même derrière sa haie, elle a triste mine depuis trop longtemps, mais alors qu’enfin la Municipalité lui a trouvé une vocation et a décidé de la réhabiliter, la restaurer et en faire un remarquable centre d’intérêt de notre paysage urbain, des esprits chagrins tonnent leur désaccord.

Que ce soit par voie de presse ou aux séances du conseil municipal, ils poussent de hauts cris quant à la pertinence d’un tel investissement. Mais quelque chose me dit que ce sont des consuméristes qui préféreraient bétonner les lieux avec de lucratifs condos. Pourtant, certains recherchent avec plaisir l’exotisme en Floride, d’autres parcourent la Nouvelle-Angleterre ou les routes de France consommant de la culture locale étrangère au kilomètre!

Mais : «Au rebus, la plus vieille maison de Magog! » disent-ils. Sommes-nous devenus collectivement si rétrécis de la pensée, si acculturés pour ignorer que la culture illumine l’environnement, qu’elle est lucrative en terme de tourisme, d’attrait pour de nouvelles entreprises, si cette mise en valeur de la culture est bien gérée et pertinente dans la vocation qui lui est donnée. De grâce, ayons une vision à long terme, imaginative, créative et respectueuse et soyons fiers de notre passé!

Comme la littérature, les arts plastiques, l’artisanat, l’architecture est une expression de l’âme d`un peuple. Ne donnons pas encore une fois raison à Lord Durham qui disait de nous : «Un peuple ignare, apathique et rétrograde… Peuple sans histoire… Mal éduqué…».

Michel Duclos

Stanstead

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