La descente aux enfers de Charles Poulin

Par Patrick Trudeau

CONFESSION. Une vie d’adulte gâchée par de multiples agressions sexuelles alors qu’il était enfant, voilà le cauchemar dans lequel le Magogois Charles Poulin a été plongé durant de longues années, mais qu’il tente aujourd’hui de laisser derrière lui.

Après trois cures de désintoxication, de nombreuses tentatives de suicide et une vie professionnelle et personnelle complètement détruite, l’homme de 42 ans a décidé de prendre les grands moyens, en août 2012, pour amorcer un véritable processus de guérison.

Non seulement a-t-il décidé de porter plainte officiellement contre son agresseur, mais il a également trouvé la force d’en parler à ses proches. «J’ai écrit une longue lettre à mes parents pour les informer que j’avais été agressé durant dix ans (de 4 à 14 ans), et que ça expliquait mes déboires des dernières années. Évidemment, ce fut un grand choc pour eux, tout comme ceux à qui j’en ai parlé par la suite», raconte l’ex-hockeyeur professionnel.

En raison du processus judiciaire, on ne peut identifier la personne soupçonnée des actes à l’endroit de Charles Poulin. Ce dernier précise toutefois qu’il ne s’agit pas d’un entraîneur de hockey, mais d’un homme qu’il connaissait bien et qui semblait au-dessus de tout soupçon. «Personne ne s’est aperçu de ce que je vivais à l’époque, car l’agresseur s’assurait que je garde le silence. Et quand j’étais enfant, je ne parlais pratiquement jamais de ce qui m’arrivait, que ce soit bon ou mauvais. En plus, dans ce cas-ci, je vivais dans la peur et la honte», avoue-t-il.

Le hockey comme bouée de sauvetage

Hockeyeur de grand talent, Charles Poulin a remporté le championnat des marqueurs de la Ligue midget AAA avec les Cantonniers en 1989, avant d’entamer une brillante carrière avec le Laser de St-Hyacinthe dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Au passage, il a été sélectionné en 3e ronde par le Canadien de Montréal (1990) et il a mis fin à son stage dans la LHJMQ en étant choisi le joueur junior par excellence au Canada en 1992.

Considéré comme un espoir de l’organisation du Tricolore, le Magogois a disputé seulement deux saisons dans la Ligue américaine, avant d’opter pour une carrière en Europe. «Je n’ai même pas terminé ma deuxième saison dans la Ligue américaine parce que j’ai été malade durant les derniers mois. J’aurais peut-être pu persévérer encore une année ou deux en Amérique du Nord, mais j’ai plutôt opté pour l’Europe».

«J’ignore si les événements de mon enfance ont eu une incidence sur ma carrière de hockeyeur. Ce dont je suis sûr cependant, c’est que le hockey m’a permis de garder la tête froide et de rester en vie toutes ces années. Quand j’étais sur la glace, les idées noires étaient loin derrière moi», précise-t-il.

Choc post-traumatique

Poursuivant sa carrière de hockeyeur jusqu’à la fin vingtaine, Charles Poulin est par la suite demeuré impliqué au hockey durant quelques années, à titre d’entraîneur au hockey mineur.

Son monde s’est mis à basculer à la suite d’un choc post-traumatique, alors qu’il était âgé dans la mi-trentaine. «Je suis devenu complètement un autre homme. Les conséquences de mes agressions me rattrapaient, 20 ans plus tard, et je me suis lancé dans l’alcool et les drogues pour oublier. J’ai dilapidé une fortune, j’ai brisé mon mariage et je me suis isolé du reste du monde».

Bien que sa famille ignorait la principale raison de ses agissements, elle a toujours soutenu celui qui était devenu un homme brisé. «À plusieurs reprises, mes parents et ma sœur (Chantal) ont embarqué dans leur voiture pour venir me secourir, alors que j’errais dans les rues de Montréal. Ils m’ont sauvé la vie très souvent».

«Mes deux fils (Charles-Anthony et Jacob) ont également été très courageux durant ces années difficiles, tout comme mon ex-conjointe Suzie, qui a été tout simplement extraordinaire», a-t-il louangé.

Hockey et marché du travail

Suivi régulièrement par un psychiatre depuis deux ans, Charles Poulin affirme avoir mis de côté ses démons au cours de cette période. «La dépendance à l’alcool et aux drogues est un combat quotidien, mais je pense vraiment que tout ça est derrière moi. Le fait d’en parler publiquement est très libérateur. Souvent, lorsqu’on traverse des difficultés, on a juste besoin d’être écouté, pas nécessairement de recevoir des conseils», laisse-t-il entendre.

Se sentant en meilleure forme, il souhaite même être de retour sur le marché du travail à court terme. «J’espère me trouver un autre boulot bientôt, afin de redevenir un actif pour la société».

«J’ai aussi décidé de revivre ma passion pour le hockey en devenant entraîneur d’une équipe pee-wee B à Magog. Je recommence au bas de l’échelle, mais je compte bien gravir les échelons au fil des ans. Je veux que les gens sachent que le vrai Charles Poulin est de retour».

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