Réplique cinglante de Pierre Karl Péladeau au maire Poulin

Par Vincent Cliche
Réplique cinglante de Pierre Karl Péladeau au maire Poulin
Pierre Karl Péladeau (photo: www.lesaffaires.com)

Le président et chef de la direction de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, a adressé une lettre pour le moins cinglante au maire de Magog, Marc Poulin.

À l’intérieur de celle-ci, M. Péladeau trouve inapproprié les commentaires du premier magistrat lancés à l’occasion de la fermeture de l’imprimerie Quebecor World de Magog, le 31 mars dernier. Marc Poulin avait dit que «Pierre Péladeau (le fondateur de Quebecor) doit se retourner dans sa tombe et pleurer», ce que son fils a trouvé difficile à avaler. «Vos références à l’endroit de mon père sont de mauvais goût et fort inconvenantes car il n’est plus là pour vous donner la réplique», peut-on lire.

Dans la même lettre, le président et chef de la direction de Quebecor blâme sévèrement les syndicats pour la crise manufacturière qui se vit en ce moment au Québec. «Tant que d’honnêtes travailleurs demeureront les otages d’organisations cyniques qui les manipulent et leur cachent la vérité, la crise manufacturière ira en s’aggravant et le Québec continuera de s’appauvrir. Ce n’était certainement pas le souhait de mon père qui fut un grand entrepreneur.»

M. Péladeau rappelle que la décision de fermer l’imprimerie de Magog a été prise par la direction actuelle de Quebecor World, sur laquelle il n’a pas d’emprise puisque celle-ci fonctionne sur la Loi sur les arrangements avec les créanciers de compagnies au Canada.

Voici, dans son intégralité, la lettre de Pierre Karl Péladeau parue dans La Tribune d’aujourd’hui (4 avril).

Monsieur le maire,

J’ai été étonné de lire et d’entendre vos propos suite à la décision de la direction de Quebecor World de fermer son usine de Magog. J’aimerais vous rappeler que Quebecor World opère présentement sous l’égide de la loi sur les arrangements avec les créanciers et que les décisions qui sont prises le sont avec l’assentiment d’un contrôleur nommé par la Cour Supérieure du Québec et directement imputable à elle.

Ces faits sont bien connus et ont été abondamment rapportés par les médias. Pourtant, vous laissez l’impression de les ignorer ou alors de ne pas comprendre ce qu’ils signifient. En un mot, ce n’est pas moi qui ai pris la décision de fermer l’usine de Magog mais bien la direction actuelle de Quebecor World sur laquelle je n’ai aucune emprise. Vos références à l’endroit de mon père sont de mauvais goût et fort inconvenantes car il n’est plus là pour vous donner la réplique.

Mais puisque la question de la fermeture de l’usine vous intéresse, laissez-moi vous faire part des véritables enjeux concernant la survie de l’usine de Magog. Lorsque j’étais président et chef de la direction de Quebecor World, il y a quelques années, j’ai donné mandat à mes représentants d’entreprendre des pourparlers avec le syndicat des employés de cette usine pour obtenir des aménagements dans le contrat de travail qui s’avéraient essentiels à un investissement qui aurait permis de sauver cette usine. C’était en 2004 – 2005.

Un des éléments centraux était de diminuer le nombre d’employés par machine pour les amener de 6 à 4 comme pour toutes les rotatives identiques que nous opérions ailleurs dans le monde, en l’occurrence des G-14. Le syndicat n’a rien voulu entendre. Devant un tel refus, les gestionnaires de l’entreprise ont décidé de faire l’investissement là où ils pouvaient le rentabiliser.

En août 2005, Quebecor Média a annoncé un investissement de 120 millions de dollars pour construire une imprimerie ultra-moderne à Mirabel. Cette imprimerie devait servir, entre autres, à imprimer le Journal de Montréal. Pour rentabiliser cet investissement, nous avions besoin d’importants aménagements à la convention collective des pressiers du Journal, des employés qui travaillaient en moyenne 16 à 20 heures par semaine, recevaient un revenu annuel de 92 000 $ assortis de 6 semaines de vacances.

La réponse du syndicat a été une grève qu’ils ont débutée par un vandalisme en règle des équipements, sans compter les actes de sabotage qui auraient pu mettre en péril la vie des collaborateurs appelés à opérer les rotatives. Depuis bientôt deux ans, nous sommes engagés dans un processus d’arbitrage avec eux, parce que le syndicat a utilisé toutes les manœuvres dilatoires possibles et impossibles pour étirer l’exercice.

Résultat : l’imprimerie de Mirabel est sérieusement sous-utilisée et l’investissement fait par Quebecor Média ne peut être rentabilisé. L’ironie dans tout cela est qu’il s’agit du même syndicat et des mêmes dirigeants syndicaux qui représentaient les employés de Magog.

Monsieur le maire, au lieu de personnaliser le débat comme vous avez choisi de le faire, je me permets de vous dire que vous auriez rendu un bien plus grand service à votre communauté si vous aviez utilisé le prestige et l’influence de votre fonction pour dénoncer les organisations qui rendent impossibles les investissements essentiels à la survie de nos entreprises.

La crise manufacturière que traversent votre ville et plusieurs autres au Québec n’est pas le fruit du hasard. Tant que d’honnêtes travailleurs demeureront les otages d’organisations cyniques qui les manipulent et leur cachent la vérité, la crise manufacturière ira en s’aggravant et le Québec continuera de s’appauvrir. Ce n’était certainement pas le souhait de mon père qui fut un grand entrepreneur.

Par ailleurs, laissez-moi aussi vous dire que je n’aurai pas honte de vous voir si nous venions à nous croiser en Estrie. L’entreprise que je dirige, Quebecor Media, a créé depuis plusieurs années des milliers d’emplois et procuré des produits et services de grande qualité à la collectivité québécoise.

Pierre Karl Péladeau

Président et chef de la direction

P.S.: Il est faux d’affirmer comme vous l’avez fait que je n’ai pas répondu à vos communications. Vous n’avez jamais communiqué avec moi. J’ai reçu une communication de M. Ghislain Goulet, directeur général du CLD de Memphrémagog, le 4 décembre 2007 et j’ai promptement retourné son appel. J’ai ensuite demandé au directeur de l’usine de Magog, M. Patrice Asselin, de faire le suivi auprès de M. Goulet. Ils se sont rencontrés le 24 janvier dernier au restaurant L’Étoile sur le Lac, route 112 dans la région de Magog, pour faire le point sur la situation. M. Robert Fortin du ministère québécois de l’industrie était également présent, à l’invitation de M. Goulet.

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