Autre controverse autour des bateaux à moteur

Par Dany Jacques

Les bateaux à moteur sont de nouveau ciblés comme des fauteurs de trouble au lac Memphrémagog, mais les plaisanciers répliquent en disant qu’ils s’amusent en respectant les règles de l’art.

Tout comme au début des années 1990, les plaintes proviennent de la petite baie Verte, à Austin, qui est située tout au fond de la baie Sargent. Les 19 résidants et membres de l’Association de préservation de la baie Verte n’en peuvent plus. Outre le bruit des moteurs et de la musique, ils attribuent la pollution de la baie aux plaisanciers, qui y font leurs besoins, ainsi qu’à une majorité d’embarcations qui ne sont pas équipées d’installation septique à bord.

Jean-Claude Duff, un conseiller municipal d’Austin et membre de l’Association de la baie Verte, a vu à regret son fils quitter la maison familiale un soir de fête dans la baie, en raison du bruit dérangeant son sommeil. «Ils sont parfois jusqu’à une centaine attroupés en groupe, en train de boire de la bière, s’amuser, rire aux éclats, écouter de la musique, laver leur bateau ou rincer leur moteur pour épater la galerie. Plusieurs d’entre eux y dorment la nuit et leur nombre peut atteindre les 400 personnes dans cette marina improvisée, qui s’apparent à un amphithéâtre naturel qui, à l’abri du vent, propage les voix et la musique comme si on était dans le groupe», déplore M. Duff.

Normand Tremblay, un autre membre de l’Association de la baie Verte, rappelle que le règlement municipal d’Austin, limitant le nombre de bateaux amarrés par bouée, avait permis de résoudre les problèmes de nuisance. Le refus de la Cour suprême d’entendre la cause des riverains en 2004 confirmait une décision juridique précédente qui rendait ce même règlement anticonstitutionnel. L’Association des propriétaires de bateau du lac Memphrémagog criait victoire à l’époque, mais M. Tremblay déplore le retour graduel des nuisances depuis cette décision.

M. Tremblay accuse directement les plaisanciers pour les problèmes accrus de pollution des eaux dans la baie Verte. «Nous avons constaté un accroissement alarmant des herbes aquatiques et autres signes de pollution, à un point tel, qu’il est désagréable et même difficile de se baigner à certains endroits», révèle-t-il.

Il est convaincu de la source des problèmes, car une analyse municipale ne démontre pas de signes de pollution dans les deux ruisseaux qui se déversent dans la baie. Il rappelle aussi la forte densité de la végétation autour de la baie et la présence d’installations septiques conformes et loin des berges. «Malgré tout cela, la pollution augmente dans la baie Verte, ce qui pointe directement sur la concentration de bateaux qui la fréquentent», conclut-il.

M. Tremblay cible donc l’assaut des bateaux à moteur dans une si petite baie, ainsi que les activités humaines liées à cette présence. «On estime à plus de 1000 pipis par jour fait dans l’eau, ce qui contribue à la prolifération du phosphate dans le lac, car le corps humain de traite pas cette substance. Aussi, plusieurs se lavent, nettoient leur bateau et y lavent leur vaisselle en plus d’échapper ou de rejeter des déchets de toutes sortes dans la baie. En résumé, c’est comme s’il y avait plusieurs chalets sans fosse septique qui déverseraient leurs détritus directement dans la baie. C’est inacceptable, surtout avec l’arrivée du phénomène des cyanobactéries», proteste-t-il.

Jean-Claude Duff signale qu’un règlement sur les nuisances a pris la relève sur le contrôle de l’ancrage des bateaux à la Municipalité d’Austin. Cependant, il déplore le faible nombre d’interventions de la patrouille nautique de la MRC de Memphrémagog, ainsi que de la faible insistance de la Régie de police Memphrémagog pour résoudre le problème. «On fait des plaintes, mais les policiers n’appliquent pas les mesures, car ils n’en font pas une priorité. De plus, il n’y a pas de patrouille en soirée et les plaisanciers se communiquent entre eux lorsque les policiers répondent à une plainte. Tout est calmé une fois les policiers arrivés sur place et on passe pour des chialeux. On ne sait plus quoi faire car nous sommes des laissés-pour-compte», s’indigne M. Duff.

D’autre part, la Municipalité de Canton de Stanstead, elle aussi ayant vécu des années conflictuelles dans ses baies, vient de transmettre une demande d’aide à la MRC de Memphrémagog pour atténuer les impacts liés à la présence et à la vitesse des bateaux à moteur au lac Lovering, dans la baie Fitch et au lac Memphrémagog. Il ne semble pas avoir plus de plaintes que par les années antérieures à la mairie du Canton de Stanstead, mais les gens seraient plus sensibles depuis l’arrivée des algues bleues.

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