Rupture des discussions entre les pharmaciens et Québec
Comme vous le savez, l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (A.P.E.S.) a demandé à la partie patronale, en décembre 2007, de discuter des conséquences importantes de la grave pénurie de pharmaciens d’établissements et d’envisager des mesures d’attraction et de rétention visant à enrayer la situation de crise vécue par notre profession.
Dès février 2008, nous vous avons fait part de la reprise des discussions et de la volonté du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) de discuter de solutions à court terme pour pallier les problématiques liées à la pénurie et à la rémunération des pharmaciens d’établissements. Nous vous avons d’ailleurs informés de l’état d’avancement des travaux à intervalles réguliers.
Au cours de l’été, un blocage est survenu du côté du MSSS et il y a eu report des travaux jusqu’en septembre. Lors d’une rencontre tenue avec la partie patronale en septembre, à Québec, il nous a été confirmé que le MSSS faisait volte-face et qu’il n’avait plus l’intention de négocier à court terme les conditions salariales des pharmaciens. En fait, nos interlocuteurs nous ont plutôt indiqué que nous étions en train de préparer la négociation de la prochaine Entente, négociation prévue pour 2010!
Les membres du comité de négociation et du conseil d’administration ont été consternés par cette nouvelle. Comment se fait-il que la position du MSSS ait changé et que de prioritaire, notre situation ait soudainement été reléguée à 2010? C’est un manque de reconnaissance flagrant à l’endroit de l’expertise des pharmaciens d’établissements.
Vous le savez, vous le vivez, la situation de pénurie et de concurrence pour les effectifs est de plus en plus intenable. La profession n’arrive pas depuis plusieurs années à attirer une relève suffisante. Les incitatifs du gouvernement sont un échec. Jamais plus de 50 étudiants ne se sont inscrits au programme de 2e cycle en pharmacie d’établissement malgré les 70 places disponibles… avec bourses!
Les étudiants nous le disent eux-mêmes : pourquoi étudier deux ans de plus pour venir travailler en établissement de santé dans un milieu plus complexe, où des gardes de soir, de nuit et de fin de semaine sont obligatoires, pour gagner environ 30 % moins d’argent qu’en pharmacie privée, soit près de 20 000 $ de moins annuellement? Certaines années, notre salaire de base n’a tout simplement pas été indexé alors que d’autres années, l’indexation a atteint au maximum 2 %!
L’écart salarial est devenu tellement important que la relève n’est plus au rendez-vous. Au même moment, plusieurs d’entre nous se tournent vers le secteur privé pour obtenir un meilleur salaire. Résultat : avec la croissance des besoins de santé et les départs de pharmaciens, nous n’avons pas de relève sur laquelle compter!
En 2008, il manque déjà plus de 200 pharmaciens au Québec, ce qui représente un taux de 18 % de pénurie. Il s’agit, de loin, de la pire pénurie du réseau de la santé au Québec, bien plus grave que celle des infirmières, toutes proportions gardées! Le MSSS lui-même projette un déficit de pharmaciens d’établissements de l’ordre de 500 en 2015-2016. Qu’attend le MSSS pour admettre que le désintérêt des pharmaciens pour le programme de 2e cycle et le travail en établissement de santé est lié d’abord et avant tout à une rémunération déficiente? Qu’attend-il pour reconnaître que notre situation n’est pas du tout comparable à celle des autres professions de la santé? Seuls les pharmaciens du réseau de la santé doivent composer avec un secteur privé assez puissant pour attirer la main-d’œuvre au détriment des établissements.
Pendant ce temps, la pénurie s’accentue et on demande aux pharmaciens d’établissements d’en faire toujours plus, au-delà des limites raisonnables. On nous demande d’enseigner en stage à TOUS les futurs pharmaciens du Québec, incluant nos collègues de la pharmacie privée. On nous demande de collaborer à implanter des technologies qui sécurisent le circuit du médicament, bien entendu, mais qui exigent aussi une grande contribution des pharmaciens et des chefs de département de pharmacie. Ceux-ci peinent déjà à offrir les soins et services de base. On nous demande de faire partie de comités régionaux auxquels notre présence est essentielle pour aider le transfert de patients vers le secteur privé. Tout cela doit bien sûr se faire en plus de donner les soins et services essentiels requis par les patients et pour lesquels il faut déjà effectuer un bon nombre d’heures supplémentaires.
Nous en avons assez. L’A.P.E.S. en a assez. Nous ne sommes plus suffisamment nombreux pour soutenir toutes ces activités complémentaires en plus des activités de soins et services pharmaceutiques déjà confinées à l’essentiel. Nous n’y arrivons plus.
Le moment est venu d’indiquer clairement au gouvernement notre ras-le-bol. Nous avons toujours été un groupe solidaire. Nous comptons à nouveau sur cette solidarité pour nous aider à vous faire entendre afin d’amener le gouvernement à voir les choses en face, à cesser les faux-fuyants et à régler une fois pour toutes une situation qui ne peut plus perdurer et qui continue de s’aggraver jour après jour.
Charles Fortier, président
Linda Vaillant, directrice générale
Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec