On peut observer les vestiges de la pisciculture de Magog en se promenant sur la piste cyclable située derrière l'ancienne Dominion Textile. Cette pisciculture, bien qu’une première du genre au Québec, n’était pourtant pas la première à Magog. (photo : Dany Jacques)
La pisciculture de Magog (1880-1943): la première de ce genre au Canada
La rivière Magog était une source de ravitaillement importante pour l'alimentation des Amérindiens et le poisson y abondait. Avec l’arrivée des Blancs, le braconnage devient systématique, et dès 1850, on observait un déclin des ressources fauniques.
À Sherbrooke, en 1858, sous l’influence de MM. Alexander T. Galt, Edward Towle Brooks et du Dr Worthington, la «Society for the Propagation and Protection of Fish in the Eastern Townships» voit le jour. L’objectif est de sensibiliser le milieu au problème de la diminution des réserves de poissons dans les Cantons-de-l’Est et d’inciter le gouvernement à adopter une réglementation en ce sens. Ce n’est que 22 ans plus tard qu’une pisciculture est ouverte à Magog (1880).
Il y a quelques années, en circulant sur la piste cyclable, je me suis arrêté pour voir s’il y avait des traces de cet établissement et à ma grande surprise, oui, et il y en avait et suffisamment pour piquer ma curiosité et m’inciter à descendre «dans le trou», et j’ai été frappé par ce que l’on pouvait y voir. Ces vestiges sont situés entre la descente à bateau de la rue Hatley et le barrage de l'ancienne Dominion Textile.
Lors de mes recherches dans la maison Merry en vue de la publication de l’histoire de cette famille pionnière, en 2003, j’ai pris connaissance de journaux intimes de Ralph Merry V, où il raconte ses multiples rencontres et contacts avec M. Wilmott de Charlottetown, à l'Île-du-Prince-Édouard., représentant du ministère des Pêcheries ou son équivalent. En 1878-1879, les deux hommes se rencontrent à plusieurs reprises, et le 24 juillet 1880, Wilmott annonce à M. Merry que Magog vient d’être désignée comme site du futur établissement. Le 16 septembre suivant, les soumissions reçues sont ouvertes et le contrat est accordé à Alvin H. Moore & Co. Les travaux débutent rapidement et la station, complétée dès le mois de novembre 1880, débute ses opérations au printemps 1881.
En 1939, lors de la visite du couple royal au Canada, la truite saumonée qui leur est servie au Château Frontenac provient de cet établissement. La production annuelle était de 1 à 5 millions d’alevins distribués partout au Canada.
En 1942, prétextant que l’eau est trop chaude l’été et trop froide l’hiver, il est décidé de transférer les opérations à la station piscicole de Baldwin Mills. Le bâtiment est démoli en 1943, par Achille Rouleau, pour construire sa résidence sur la rue Saint-Pierre.