La forteresse rouge d’Orford ébranlée
Les analystes politiques estiment que la vie politique provinciale ne sera plus jamais la même. D’autres pensent que le séisme électoral a eu des répercussions jusque dans la traditionnelle imprenable forteresse rouge d’Orford, qui ne mérite peut-être plus son titre.
Coaticook rayée de la carte électorale d’Orford, les libéraux de Pierre Reid ne comptent plus que sur les petites municipalités frontalières et à saveur plus anglophone pour conserver leur poste de commande. Au terme du scrutin du 26 mars, M. Reid a d’ailleurs facilement devancé ses adversaires à Ayer’s Cliff (63 % des voix)), Barnston-Ouest (48 %), Canton de Hatley (40%), Hatley (50 %), North Hatley (62 %), Ogden (69 %), Canton de Stanstead (48 %), Stanstead (69 %) et Stanstead-Est (57 %).
Cependant, M. Reid perd de plumes dans les municipalités plus importantes en population, qui sont, par surcroît, en croissance démographique.
Heureusement pour les libéraux, les électeurs des plus grandes villes lui ont néanmoins donné leur vote en grand nombre même si les adversaires de M. Reid le devancent dans quelques secteurs.
L’adéquiste Steve Bourassa a fait toute une percée à Magog avec 32 % des voix, comparativement à 30 % chacun pour M. Reid et Michel Breton (PQ). Ce représentant de l’ADQ a également fait mouche dans son patelin avec 34 % des voix dans les secteurs de Rock Forest et de Deauville. Ont suivi Michel Breton (31 %) et Pierre Reid (26 %) dans ces deux agglomérations de Sherbrooke.
Le PQ a fait ses deux percées à Sainte-Catherine-de-Hatley (32 %) et Canton d’Orford (33 %). La victoire de M. Breton dans la municipalité du lac Massawippi s’explique facilement par la tradition péquiste qui y existe depuis belle lurette. Le résultat final demeure néanmoins très serré avec une proportion de 31 % accordée à Steve Bourassa, comparativement à 27 % pour Pierre Reid.
La controverse du Mont-Orford a pris tout son sens dans le Canton d’Orford où l’opposition à la privatisation du parc national s’est manifestée contre les libéraux. Le péquiste Breton y a obtenu 33 % des voix contre 29 % chacun pour l’adéquiste Bourassa et le libéral Reid.
39 552 électeurs sur 53 391 personnes habiles à voter se sont rendus aux urnes, ce qui représente un taux de participation de 74,08 %.
Spéculation, dit Reid
Même si la situation décrite un peu plus haut semble être
désavantageuse pour le député libéral d’Orford Pierre Reid, ce dernier refuse de spéculer sur ses résultats. Selon lui, les quelque 5000 voix de moins qu’il a perdues cette année sont dues à la vague adéquiste. «Et il est très rare qu’une vague frappe à deux reprises», s’empresse-t-il à dire.
M. Reid souligne également qu’il ne faut pas trop donner de rationalité à ce phénomène. «Dans le cas d’une vague, les gens votent beaucoup par intuition. Or, j’ai misé sur la raison avec des enjeux concrets. Je ne veux toutefois pas dire que les électeurs qui ont choisi Steve Bourassa l’ont fait sans raison.» Le député gagnant fait aussi remarquer que son adversaire adéquiste a mis beaucoup d’efforts dans la région frontalière. Ce travail, selon M. Reid, ne s’est pas fait ressentir à Stanstead lorsqu’on a dépouillé les votes.