Éliminer l’étiquette du «cheap labor»
Les Cantons-de-l’Est et Shawinigan sont les régions ayant le plus faible taux horaire au pays avec une moyenne de 13 $ l’heure. Le défi à relever dans la MRC de Memphrémagog consiste à l’élimination de cette étiquette de main-d’œuvre à bas prix, qui attire peut-être les industriels à s’établir chez nous, mais appauvrit la richesse collective.
Le président du Conseil central des syndicats nationaux de l’Estrie (CSN), Jean Lacharité, répète inlassablement que ce n’est pas avec des centres d’appels que la région estrienne assurera son développement économique. «C’est incompréhensible pour une région dotée de quelques institutions collégiales et universitaires. Refusons les bas salaires en attirant des entreprises offrant de meilleures conditions», insiste-t-il.
Le directeur général du Centre local de développement (CLD) de la MRC de Memphrémagog, Ghyslain Goulet, partage sensiblement le même avis et interpelle la communauté politico-économique à sortir de ce cercle vicieux.
Pour lui, l’avenir passe par un plus grand bassin de main-d’œuvre qualifiée, une denrée rare partout au Québec. «Une région qui se démarquera à ce niveau gagnera du terrain. Ici, on est sur une bonne lancée avec l’ouverture prochaine du Centre intégré en plasturgie, qui formera des étudiants de façon plus adéquate à entrer sur le marché du travail des manufactures spécialisées dans le plastique et le caoutchouc», de dire M. Goulet.
Le directeur général du CLD croit que l’adoption d’une réelle stratégie pour accueillir la main-d’œuvre sera un excellent premier pas pour oublier la pénurie actuelle, même si les centaines de travailleurs récemment licenciés sont maintenant disponibles. M. Goulet invite les municipalités et les industries à collaborer financièrement dans d’avantageuses politiques familiales et de généreux avantages fiscaux. «Des municipalités sont déjà proactives en ce sens, mais on comblera le retard grâce à notre qualité de vie. Les travailleurs voudront s’établir ici pour gagner leur vie, mais il faut s’attaquer rapidement à cette problématique parce que la région vieillit aussi en âge. On frappera un nœud dans dix ans et on perdra des entreprises. C‘est un devoir collectif de vision à long terme», prévient M. Goulet.
L’inquiétude ronge aussi le maire de Magog, Marc Poulin, en jumelant le phénomène de dénatalité à celui des bas salaires. «Il faut dire non aux entreprises offrant des 9 $ de l’heure. Il ne faut pas accepter n’importe quoi parce que c’est difficile de faire des enfants dans ce contexte», poursuit-il.
La Magogoise Katia Deschênes, qui gagne sa croûte dans les communications et la culture, ajoute que les salaires ne tiennent pas le coup dans la région. «Ça prend de bons salaires pour obtenir des gens compétents et expérimentés, pas juste des paysages bucoliques. Ça n’a pas d’allure de se faire dire qu’un taux horaire de 15 $, c’est un salaire de Montréal, mais pas de Magog», dit-elle irritée.