Une ville subventionnée par les démunis
La Magogoise d’adoption Katia Deschênes veut renverser la vapeur en ce qui concerne le clivage entre les nouveaux arrivants nantis et les riches touristes, ainsi qu’avec les résidants de longue date.
«Les dommages collatéraux du tourisme font que Magog est devenue une ville riche, subventionnée par les démunis. Je comprends la perception négative des Magogois à leur égard, car ils dérangent. Ce n’est pas nécessairement de leur faute car le commerce de détail profite de cette manne estivale pour augmenter ses prix à longueur d’année. Le coût de la vie est malheureusement établi en fonction des visiteurs et des villégiateurs mieux nantis. Où est notre place comme Magogois?», s’interroge-t-elle.
Cette femme originaire du Bas-du-Fleuve, qui a vécu à Montréal et à Ottawa, qui gagne sa vie à la pige dans les communications et la culture, invite les élus à
ériger des infrastructures pour accommoder les moins nantis et faire chuter le prix des logements, pour rendre disponibles des logements potables et abordables, qui se font très rares par les temps qui courent. «Les politiciens ne peuvent pas faire baisser les prix des épiceries, mais peuvent sensibiliser les marchands à faire leur part pour la communauté. Actuellement, le centre-ville est inabordable et les Galeries Orford peu attirantes, alors je comprends les gens de magasiner à Sherbrooke», poursuit-elle.
La Magogois Bertrand Richer, graphiste de métier, est plus ou moins en accord, car il évite ce type de commerces qui gonfle ses prix. Cet homme, ayant fui les grandes surfaces de St-Hyacinthe pour le calme de Magog il y a 15 ans, convient cependant que son pouvoir d’achat a néanmoins chuté depuis quelques années. Il l’attribue cependant davantage à un phénomène provincial qu’à une situation locale.
Travaillant à Montréal quatre jours par semaine, il ne regrette aucunement son choix de s’établir à Magog en raison de sa qualité de vie, son calme, ses paysages et les pentes à gravir en vélo. «Le trafic, ce n’est rien à Magog comparé à Montréal où les gens poignent les nerfs dès que la circulation ralentit», dit-il.
Il prévient toutefois les élus de limiter les grandes surfaces à la rue Sherbrooke, «où le paysage est déjà gâché». M. Richer propose, à l’inverse, de conserver le cachet rustique et bucolique de l’entrée ouest de la ville, entre le chemin Southière et l’autoroute 10. «Ne la transformons surtout pas en un boulevard de Laval, comme malheureusement sur la rue Sherbrooke.»