Pierre Lussier et Julie Dion ont vécu l'enfer du séisme en Haïti, le 12 janvier dernier. Ils sont de retour en sol québécois depuis samedi (16 janvier). (photo: Vincent Cliche)
Vivre l'enfer du séisme en Haïti
Difficile de ne rien ressentir lorsqu'on voit des images de la capitale haïtienne, Port-au-Prince, ravagée par ce fort tremblement de terre du 12 janvier dernier. Julie Dion et Pierre Lussier, eux, ont vécu ces moments difficiles. «Certains ont décrit ce qu'ils ont vu comme un enfer, mais je crois que c'était pire que ça. En fait, il n'y avait pas de mots pour décrire le triste paysage qui s'offrait à nous», ont-ils lancé.
La Magogoise d'origine se trouvait à Haïti au compte de l'Organisation internationale pour l'immigration (OMI) lorsque la terre a tremblé. «J'y étais depuis juin dernier pour former des travailleurs en immigration. Dans les cours que je donnais, il y avait des policiers, des douaniers et des agents du gouvernement», souligne Julie Dion, qui travaille également pour l'Agence des services frontaliers du Canada.
En fin d'après-midi, ce 12 janvier, la formatrice a décidé de laisser partir son groupe une quinzaine de minutes plus tôt. «Ils avaient été gentils, se rappelle-t-elle. Si on était demeuré jusqu'à la fin du cours, je crois qu'on y restait tous. Le bâtiment où je donnais le cours a été complètement détruit.»
A priori, Julie Dion ne s'est même pas rendu compte qu'un tremblement de terre sévissait. «J'étais dans une voiture en route vers mon domicile avec le chauffeur et trois de mes collègues. En Haïti, les routes sont raboteuses et ce n'est pas rare de se faire brasser. Sauf que quand j'ai regardé par la fenêtre, on ne roulait pas. On était arrêté et on tremblait. J'ai même été projetée sur le chauffeur. C'est à ce moment-là que j'ai su que quelque chose n'allait pas.»
Après quelques secousses, Mme Dion a demandé au chauffeur de se rendre à son lieu de travail. Or, toutes les routes étaient impraticables. «Sur la route de l'aéroport, je voyais des murs de briques effondrés et quelques maisons ravagés. En marchant vers la ville, j'ai vu l'ampleur de la catastrophe. Au départ, c'était des hangars détruits, des poteaux tombés. Mais, plus on avançait, pire c'était. On voyait des corps. Des mères, leurs enfants dans les bras, criaient à l'aide. C'était l'horreur. Une réelle vision d'apocalypse», rajoute Julie Dion.
De son côté, Pierre Lussier a vécu la catastrophe à quelques kilomètres de sa conjointe, en compagnie de sa fille Krysten. «Nous étions à notre résidence, située sur la montagne, dans l'arrondissement de Pacot, raconte l'homme originaire de Stanstead. Peu à peu, on voyait les nuages de fumée envahir Port-au-Prince. De là-haut, on entendait les gens crier à l'aide. C'était l'horreur, le chaos. Quand on regardait ça, on se sentait impuissant.»
La petite famille a pu être réunie la nuit même de la catastrophe.
Le lendemain de la catastrophe, Julie Dion, Pierre Lussier et leur fille de 17 ans ont marché avec l'OIM jusqu'au centre nerveux des forces des Nations unies. Là-bas, ils ont prêté mains fortes aux personnes en attente de soins. «Mes années de travail en tant que préposée aux bénéficiaires m'ont servie, mais rien ne pouvait me préparer à ce qu'on a vécu là-bas», explique Mme Dion. «Je suis venu en aide à trois Canadiens, dit pour sa part Pierre Lussier. Je me suis occupé d'eux jusqu'à leur départ en avion.»
La famille est revenue en sol québécois le 16 janvier dernier, soit quatre jours après la terrible tragédie.
Des moments angoissants pour la famille
La famille de Julie Dion a peut-être appris avant tout le monde au Québec que la terre à Haïti venait de trembler. «Dans le véhicule à bord duquel je prenais place, le cellulaire de l'un de mes collègues fonctionnait. J'ai donc appelé ma mère pour lui dire qu'on venait juste de vivre un gros tremblement de terre et que je ne savais pas si Pierre et Krysten étaient en vie.»
«On a été pas mal chanceux de l'apprendre aussi rapidement, dit Huguette Leclerc-Dion. Pour Pierre et Krysten, on a dû attendre une journée pour avoir de leurs nouvelles. On a vécu des moments angoissants.»
Un retour prévu à Haïti
Malgré tout ce qu'elle a vécu, Julie Dion entend bien retourner en Haïti pour aider ses proches et ses amis. «Présentement, je me sens comme si je les avais abandonnés», exprime-t-elle.
La Magogoise d'origine a également mis sur pied une fondation pour aider les Haïtiens ayant des visas canadien ou américain à avoir une deuxième chance. Grâce aux dons amassés, elle désire payer des billets d'avion et s'occuper de la paperasse pour venir en aide à ces gens. Les personnes intéressées à faire un don peuvent obtenir de l'information en écrivant un courriel au julieenhaiti@live.ca .