Une rentrée 2008 sous le signe de la nouveauté!
Michelle Courchesne
Ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport et ministre de la Famille et des Aînés
Dernièrement, notre directeur d’école a profité d’une réunion de département de français pour nous remettre, à titre d’information, une lettre destinée aux parents de nos élèves et dont vous étiez la signataire. Il a attiré notre attention sur la partie intitulée «La qualité du français», dans laquelle vous annoncez des moyens supposément mis en place dans les classes de français de tout le Québec pour améliorer la maîtrise de la langue. Ni le directeur ni la conseillère pédagogique sur place n’étaient en mesure d’en expliquer les implications, alors nous comptons sur vous pour le faire.
Nous nous questionnons d’abord sur l’ordre dans lequel vous procédez. Comment pouvez-vous annoncer aux parents des mesures mises de l’avant cet automne (nous sommes à la mi-octobre!) alors que les enseignants concernés n’en ont jamais été informés? En faisant croire que les enfants font une activité d’écriture par semaine et que les enseignants donnent des dictées de façon systématique, vous diffusez de la fausse information à la population. Nous partageons votre avis en ce qui a trait aux lacunes des élèves en écriture et aux bienfaits des dictées, mais il nous apparaît inacceptable de faire croire aux parents que c’est un plan d’action amorcé alors que les principaux intéressés, en l’occurrence les enseignants, ne sont même pas au courant. C’est un manque de respect flagrant à l’égard des professionnels que nous sommes et à l’égard des parents qui méritent qu’on leur dise la vérité.
De surcroît, nous nous interrogeons sur la légitimité de l’obligation dans laquelle vous placez vos enseignants de français. Légalement, il ne vous appartient pas de nous imposer des pratiques pédagogiques. De toute façon, notre formation nous a amplement préparés à comprendre le programme d’études et à mettre en œuvre des activités d’apprentissage adaptées aux caractéristiques de nos élèves (la fameuse différenciation). Le Programme de formation de l’école québécoise nous encourage aussi, en tant que «passeurs», à donner une couleur particulière à notre enseignement, reflet de nos goûts, de nos intérêts et de notre personnalité. Votre annonce témoigne donc, à nos yeux, d’un manque de cohérence et de confiance difficilement recevable à titre de professionnels.
Par ailleurs, il aurait été beaucoup plus urgent, selon nous, d’informer les parents des nouvelles exigences en français, qui ont changé avec l’arrivée du PFEQ. Il suffit de penser à la compétence 2 (Écrire des textes variés) : les parents savent-ils que désormais, pour réussir cette compétence, leurs enfants doivent obligatoirement réussir tous les critères associés à la qualité de la langue? Alors, même si le contenu de leur texte est impeccable, c’est la maîtrise du français qui fait foi de tout. Il s’agit là, Madame la Ministre, d’une nouvelle réalité qui a de lourdes conséquences pour la réussite des élèves.
Hélas! De telles aberrations sont légion dans notre système d’éducation. Après, on se demandera pourquoi le taux de décrochage des jeunes enseignants est aussi élevé (près de 20% selon Mukamurera, 2006 ). Et de grâce, n’accusez pas les jeunes d’être responsables du découragement de ces enseignants. Nous côtoyons des élèves ouverts d’esprits, respectueux et curieux, qui sont source de motivation et qui nous inspirent au quotidien. L’abandon de la profession enseignante s’explique peut-être davantage par l’addition d’autant de bévues, qui essoufflent plus d’un collègue...
En somme, votre lettre est un bel exemple d’entreprise de relations publiques qui cache un vide béant, une absence de vision et un manque de considération à l’égard de toutes les personnes concernées : enseignants, parents et enfants.
En espérant que vous saurez justifier rapidement une intervention qui nous apparaît indigne.
Blanche-Neige Gosselin,
Julie Babin,
Isabelle Audet,
Enseignantes de français à la Commission scolaire des Sommets