La protection des rives à Magog suscite des opinions partagées.
Un citoyen pousse Magog à faire d'abord sa part
Un riverain de la rivière Magog, à Sainte-Catherine-de-Hatley, demande à la Ville de Magog de faire encore plus sa part pour l'environnement avant d'imposer des bandes de protection de dix mètres sur les lacs et cours d'eau de la municipalité.
Yvon Houle habite sa propriété depuis 37 ans. «Je n'ai jamais vu la rivière Magog aussi amochée que cette année», déplore-t-il en accusant la Ville de Magog de laxisme.
M. Houle pense que la Ville de Magog veut camoufler les véritables problèmes en empêchant la tonte de pelouse près des cours d'eau. Selon lui, les études réalisées par l'Association pour la préservation du lac Magog (APLM) démontrent que la principale source de phosphore provient des eaux usées de la Ville de Magog et de l'arrondissement d'Omerville. «À l'inverse, les riverains constituent la plus infime partie de l'apport en phosphore», insiste-t-il.
Yvon Houle demande à la Ville de moderniser sa vieille usine de traitement des eaux, qui date de 25 ans. «Cette usine déverse une partie de ses eaux usées non traitées directement dans la rivière lors de fortes pluies ou d'événement de grande envergure. De plus, aucune mise à niveau sérieuse n'a été faite malgré l'accroissement rapide de l'habitation, du commerce et du tourisme», proteste-t-il en songeant même à un recours collectif pour améliorer la situation.
Poulin rejette les accusations
Le maire de Magog, Marc Poulin, rejette les accusations du revers de la main. «C'est faux. Le ministère de l'Environnement vient de nous confirmer, la semaine dernière, que notre usine était l'une des plus performantes au Québec», insiste-t-il.
Selon lui, l'usine magogoise ne déborde jamais et respecte des normes plus sévères que celles imposées par Québec. «De plus, l'Environnement nous suit de très près», signale-t-il.
L'APLM n'endosse pas à 100 %
L'APLM endosse certains points abordés par M. Houle, comme les conséquences du dépôt de neiges usées à deux pas de la rivière Magog, mais pas nécessairement les actions qu'il envisage.
Son président Norbert Fauteux applaudit plutôt l'effort de la Ville de Magog pour imposer une bande de protection de dix mètres près des lacs et cours d'eau magogois. «J'espère que les élus ne céderont pas sous la pression des opposants, mais ils devront aussi forcer les terrains de golf, par exemple, à suivre la parade. La Ville elle-même devra également prêcher par l'exemple», suggère-t-il.
L'APLM félicite aussi les cinq Municipalités du lac Massawippi, qui souhaitent plus que jamais interdire la pratique du «wakeboard» et du «wakesurf» sur leur plan d'eau. «J'espère cependant que cet usage ne débordera pas sur notre lac. J'invite les Villes de Magog, de Sherbrooke et de Sainte-Catherine-de-Hatley à s'unir pour adopter un règlement similaire. Il ne faut pas détruire notre travail de renaturalisation à cause de l'érosion des berges causée par les vagues de ces engins», prévient-il.
La pollution ne vient pas que des riverains
Un autre riverain rappelle que les pollueurs ne sont pas toujours ceux qui demeurent près des cours d'eau.
L'ancien président du Memphrémagog Conservation Inc. (MCI), Pierre Jutras, cite l'exemple d'un fossé à ciel ouvert situé à deux pas de sa résidence du secteur Canton à Magog. Selon lui, les eaux de ruissellement s'écoulent directement dans ce fossé, qui se dirige ensuite directement vers le lac Memphrémagog par le biais du ruisseau Castle. «Ces eaux de drainage sont hautement chargées de matières polluantes contribuant à l'incidence des cyanobactéries. Ces eaux profiteraient d'être filtrées à travers une couche de sol recouvrant une conduite perforée en plastique ondulé du même diamètre que les tuyaux galvanisés. J'ai maintes fois déposé une plaine aux autorités municipales de Magog, mais sans résultats. On nous répond simplement que les citoyens veulent avoir des fossés à ciel ouvert», déplore-t-il.
Hubert Simard
Commentaire mis en ligne le 16 mai 2008Les riverains des cours d'eau sont les intervenants qui sont les plus pénalisés par les cycnobactéries et par le vieillissement accéléré des lacs. Ce sont ces mêmes riverains qui bénéficient le plus des mesures de protection de la qualité.
Ils doivent donner l'exemple parce qu'autrement on ne pourra jamais motiver les intervenants sur l'ensemble des bassins versants qui ne retirent aucun avantage de ces mesures.
Les personnes qui résistent le plus à la protection de la bande riveraine de 10 mètres sont souvent celles qui ont le plus abusé de la situation en construisant sur des petits lots qui ont été complètement artificialisés.
Tout le monde doit contribuer à cet effort mais les riverains doivent donner l'exemple et non pas organiser la résistance.