Le revers de la médaille

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Nicolas Veilleux est en Indonésie.

Tout n'est pas noir et tout n'est pas blanc, mais parfois la zone grise peut paraître bien pâle...

Aujourd'hui, avec les moyens de transport mis à notre disposition pour voyager, il est rendu bien facile de passer d'une tour d'ivoire à une autre sans avoir à se tremper, ne serait-ce qu'un pied, dans la dure réalité des endroits visités. Cette semaine, je vous offre une comparaison qui illustre assez bien ce que j'appellerai le côté blanc et le côté noir des choses.

Tout d'abord, rebienvenue dans mon monde. Pour le prochain mois, je vous invite à venir voyager en Indonésie, plus précisément sur l'île de Sulawasi que nous allons traverser du Nord au Sud.

Premier arrêt: Bunaken.

Bunaken est réputé mondialement comme étant le rêve absolu du plongeur sous-marin, l'El Dorado du snorkleur et une halte bien appréciée du routard en quête de farniente. Peu cher, très tranquille, le rapport qualité-prix est imbattable. Pour 15$/jour par personne, nous avons un bungalow en bord de mer et 3 copieux repas. Pension complète, coup de soleil inclus!

À moins de deux cents mètres de la plage se trouve un récif de corail de plus d'un kilomètre de long.

Je dois préciser ici, pour les gens qui ne nous connaissent pas, que par le passé, nous avons beaucoup plongé en Asie et en Australie et avons sérieusement pensé en faire une carrière. Donc nous sommes très pointilleux et difficiles à impressionner en matière de merveille sous-marine. Mais ici, les attentes sont comblées. Le mot "merveilleux" prend tout son sens sous la surface de ces eaux cristallines. Une "forêt" de coraux durs parsemée de coraux mous où se côtoient des dizaines et des dizaines d'espèces de poissons de toutes les couleurs, étoiles de mer, serpents, tortues et j'en passe. Le tout agrémenté d'un bon petit courant sous-marin qui fait que nous n'avons même pas besoin de nager pour nous déplacer!

Comme nous vivons pratiquement tout le temps dehors, nous avons décoré notre balcon avec les outils essentiels de nos journées: masques de plongée, palmes, maillots de bain, serviettes, hamac, livres de lecture et tasses à café. Ce "homestaging tropical" donnant sur un magnifique jardin où nous côtoyons des gens de toutes nationalités.

Le paradis!

C'est cette matérialisation du paradis que j'appellerai le côté blanc ou plutôt devrais-je dire le côté DES Blancs. Blanc immaculé, comme chez nous!

Un peu plus loin sur l'île, à moins d'un kilomètre, se trouve le village où vivent les habitants de Bunaken. La plage longeant ce village, qui fait office de port pour les dizaines de petits bateaux de pêche, reflète une tout autre réalité. Les beaux bungalows solidement construits pour les touristes cèdent leur place à de minuscules abris constitués de seulement quelques morceaux de tôle et de nattes de bambou. Lors de fortes pluies, comme ce fut le cas la veille de notre première visite au village, les courants marins amènent tout ce que le continent rejette. Le "continent", qui est en réalité l'île de Sulawasi, se trouve à une heure en bateau, mais en l'espace de quelques heures seulement, le courant transporte des tonnes de déchets qui échouent par la suite sur l'île de Bunaken. Des bouteilles de plastique aux bidons d'essence en passant par des fournitures scolaires aux articles ménagers, on trouve de tout sur la plage. Comme si une eau translucide s'était fait noircir par une mer de pétrole, sauf qu'ici le pétrole n'est pas à l'état brut, mais transformé en ce que l'homme en a fait de pire: le plastique.

Une des premières images qui nous frappa en arrivant dans ce dépotoir balnéaire en fut une assez troublante: une femme transportant, par les pattes arrière, un chien mort. Notre première réaction, aussi stupide qu'elle pût être, fut de dire: "ils vont manger du chien pour souper". (chose assez commune dans le nord de Sulawasi) Mais nous avons ravalé nos paroles ainsi que notre salive lorsque la femme lança, avec une indifférence totale, la pauvre bête dans les vagues.

Le détachement de cette femme envers ce geste était le même que lorsque nous ramassons une branche sur le gazon et la lançons plus loin. Chose banale, commune, usuelle, nécessaire. En se retournant, son regard croisa le nôtre. Il y avait comme une espèce de vide dans ses yeux. Comme si ce qui venait de se passer n'avait aucune importance. Quelques mètres plus loin, c'est un canard mort que nous retrouvons flottant dans l'écume.

Nous ne comprenions pas encore, à la première vue de ces corps inertes, la signification de ces gestes. Pourquoi jeter les éléments indésirables sur le bord de la plage. Quelques mètres plus loin, nous avons eu notre réponse. Une femme munie d'un râteau déplaçait la montagne de plastique accumulé devant sa hutte, mais plutôt que de ramener les déchets vers la terre ferme, elle les alignait, en rondins, le long de la mer. Croyant tout d'abord qu'elle n'avait pas compris le principe, je réalisai bien vite, en voyant les autres femmes sur la plage faisant de même, que c'était moi, pauvre petit occidental aseptisé , qui n'avait pas saisi le sens de ce geste...

La marée était basse, les femmes alignaient les déchets près de l'eau, la marée allait monter et ces détritus, venus avec les vagues durant la nuit, allaient repartir, avec ces même vagues, vers une autre destination que le dieu des mers allait choisir. C'est aussi simple que ça. Pas très écologique, j'en conviens, mais imaginez les tonnes et les tonnes de plastique qui arrivent du continent chaque année. Si les habitants de l'île les accumulaient, il n'y aurait tout simplement plus d'île, mais une montagne de couches jetables, de bidons d'eau de javel, de bouteilles de bière et de chiens morts.

Pendant ce temps, à moins de 10 minutes de marche, nous faisons un des meilleurs snorkling de la planète en partant d'une plage fraîchement râclée tous les matins. L'emplacement des "resorts" à aussi été choisi en fonction du fait que le courant n'amène presque rien du côté touristique de l'île.

Drôle de paradoxe quand même. D'un côté, un des meilleurs sites de plongée au monde et de l'autre, la décharge indonésienne...

Mais qui sommes-nous pour les juger, sinon de simples passants qui laissons derrière nous nos bouteilles d'eau minérale vide, quelques litres de pétrole et notre morale à 2 sous?

Je vous le demande bien!

 

Nicolas Veilleux

 

NDLR: Le globe-trotter magogois Nicolas Veilleux est à l'aventure pour quelques mois. Vous pourrez suivre ses aventures et ses découvertes sur notre site Internet (www.lerefletdulac.com) au fil des semaines, et parfois dans notre version imprimée. Vous pouvez également suivre ses aventures sur son blog: lemondedenico.wordpress.com.

Organisations: El Dorado, Côté DES Blancs

Lieux géographiques: île de Sulawasi, Indonésie, Asie Australie île de Bunaken

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