Coupable ou non coupable?

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Dernièrement, des journalistes de Radio-Canada interviewaient des millionnaires venus au Grand Prix pour le spectacle de la Formule 1. Le sujet de ces entrevues était, bien sûr, les manifestations étudiantes et autres qui défilent dans les rues de Montréal par ce «printemps érable». Sans aucune gêne, quelques millionnaires crachaient leur mépris au visage des personnes manifestantes, sachant qu'elles réclament du gouvernement une plus grande justice sociale qui passe par un partage équitable des richesses. Leur argument de fond - le seul d'ailleurs depuis des lunes pour justifier ce mépris de la populace - était : «Je suis millionnaire parce que j'ai travaillé fort pour y arriver. De l'argent, ça se gagne en travaillant.» Selon leur logique, chère populace non millionnaire, nous sommes tous et toutes une gang de «fainéant(e)s». Nos pauvres parents font également partie de cette classe de paresseux. En réalité, nous n'avons qu'à bosser du matin au soir et nous deviendrons millionnaires. Quelle bonne nouvelle!

Sans mettre tous les riches dans la même poche et vouloir partir en guerre contre les gens fortunés, j'ai constaté, une fois de plus, qu'un bon nombre oublie d'ajouter quelques éléments très importants à leur «j'ai travaillé fort pour y arriver». Entre autres, on devrait entendre :«J'ai eu le cadeau de la santé pour le faire, j'ai eu la chance d'être au bon endroit au bon moment, j'ai eu le bonheur de venir au monde avec les facultés intellectuelles ou physiques nécessaires pour y arriver et surtout j'ai eu le privilège d'avoir une bonne reconnaissance monétaire pour mon travail.» Sans viser personne, certains de ces richissimes personnages pourraient également ajouter : «J'ai eu, par surcroît, la conscience assez élastique pour accepter quelques petits tours de passe-passe illégaux et la ruse nécessaire pour éviter de me faire prendre.»

Convaincue qu'aucun milliardaire de cette planète ne daignera lire ce texte sans intérêt pour lui, mon message s'adresse plutôt aux personnes comme vous et moi. C'est à dire, aux personnes qui ont trimé dur toute leur vie, bien souvent de l'aube aux petites heures du matin, courant entre le travail, la famille, des formations de toutes sortes afin de pouvoir se maintenir au travail, en passant par des heures de bénévolat pour soutenir ceux et celles qui peinent à s'en sortir. Le but de cette lettre ouverte est de vous inviter à rejeter ce mépris qui tente de nous rendre coupables, en rejetant l'unique responsabilité de notre piètre situation financière sur nos épaules. Ce mépris sert bien un système économique qui exploite les personnes de bonne volonté qui ont à cœur de faire leur «juste part», mais auxquelles on donne des miettes. Des personnes qu'on fait travailler pour des «peanuts» comme disait mon père.

Finalement, coupable, je le deviendrai si je laisse ces fats individus m'enlever ma dignité et que j'adhère à leurs discours nombrilistes. Coupable, oui je l'ai été, d'avoir pris tant de temps à réagir. Enfin, coupable je le suis, si encore aujourd'hui je baissais les bras devant ce genre de discours. N'est-ce pas d'ailleurs le but de ces discours méprisants de nous tenir ainsi à leur merci en nous faisant porter le poids de la misère créée par une flagrante injustice sociale? Il est temps d'alléger le fardeau et de le crier haut et fort : «C'est assez le mépris!»

 

Angèle Laroche et Daniel Brodeur

Magog

Organisations: Radio-Canada

Lieux géographiques: Montréal, Magog

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