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La «grande dame» de Magog est centenaire

Le barrage municipal en construction sur la rivière Magog (Photo SHM)

Le barrage municipal en construction sur la rivière Magog (Photo SHM)

Dany Jacques
Publié le 13 Janvier 2012
Publié le 12 Janvier 2012
Dany Jacques  RSS Feed
Sujets :
Dominion Textile , Magog , Rivière Magog

De toutes les innovations qui changent la vie des Magogois à la fin du XIXe siècle, il faut assurément classer l’électricité parmi les plus importantes. Un premier barrage aménagé sur la rivière Magog, à quelques kilomètres de la décharge du lac, est érigé dès 1897. Puis, dans les années qui suivent, la Dominion Cotton Mills, qui sera absorbée par la Dominion Textile en 1905, entreprend la transition vers l’électricité dans sa propre «power house» située entre la filature et l’imprimerie.

La demande de la population, alors en pleine croissance, ne tarde toutefois pas à excéder l’énergie disponible. Pour les urbains vivant à la Belle Époque, la chandelle est de moins en moins de mise ! De plus, même si elle a également recours au charbon et à un système original de compression d’air pour satisfaire ses besoins, la Dominion Textile est consciente qu’il lui faudra davantage d’électricité pour accroître la productivité de ses installations. Pressées par les dirigeants de la compagnie, qui évoquent un possible déménagement, les autorités municipales sentent l’urgence d’agir.

Conscientes de leur intérêt mutuel, les deux parties en viennent à une entente contractuelle en mai 1911. Le règlement 117 prévoit la construction d’un nouveau barrage plus ambitieux, à proximité de celui de 1897 qui cessera d’exister. On espère qu’il générera 1500 chevaux-vapeur. Évidemment, il coûtera plus cher que la structure précédente, estimée à 10 000 $. Cette fois, il faut en effet emprunter 110 000 $ pour mener les travaux à terme.

Pour débloquer cette somme, les élus profitent des contacts de la DT dans le monde financier. Celle-ci consent également à céder ses droits riverains pour un montant symbolique de 1 $ et à payer 12 000 $ annuellement pour l’électricité consommée dans ses usines. Le marché permet de mettre le projet sur les rails.

Cela dit, le règlement 117 a plusieurs facettes. Par la clause 4, la DT obtient par exemple un droit de regard sur la vente de plus de 100 chevaux-vapeur à des fins industrielles. En fait, il s’agit d’un véritable veto sur l’implantation d’industries majeures à Magog que la compagnie justifie par la nécessité de conserver la main-d’œuvre qu’elle peine à attirer ici. Cette clause aura des conséquences énormes. Elle permettra notamment à la DT de maintenir sa position dominante pendant plusieurs décennies (en novembre 1959, le maire Maurice Théroux parlera de «birth control» industriel pour décrire cette pratique révolue).

Le lancement de la «grande dame» - que personne n’identifie par ce nom en 1911 – constitue indiscutablement un moment charnière de l’histoire magogoise. Par la suite, de nombreux rebondissements marqueront son évolution. Que l’on pense au long débat sur l’insuffisance du réseau (années 1930 et 1940) ou encore à la polémique entourant une éventuelle privatisation (années 1950), qui ne se réalisera pas. La fin de l’application du règlement 117, après la Deuxième Guerre mondiale, constituera aussi une nouvelle étape pour la municipalité.

Même si elle a pris quelques rides, et que sa production comble un pourcentage de moins en moins significatif de la demande locale, la «grande dame» demeure un témoin important de ce siècle électrique. Source de fierté, elle fut aussi, et demeure, un atout économique de premier plan qui a profité à des générations de Magogois.

 

Serge Gaudreau

Société d’histoire de Magog

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