Le Bénin au féminin

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Deuxième chronique en provenance du Bénin

J’avais prévu rédiger une chronique tous les deux jours, mais je n’ai pu me retenir. La journée a été si chargée que je ne peux attendre une journée de plus avant de vous en faire part. Elle a principalement été marquée par la rencontre de femmes.

Nous avons amorcé la journée par un exposé sur le Projet femmes de Porto-Novo. En près d’une décennie, plus d’un millier de femmes ont bénéficié d’un appui financier avec le micro-crédit offert par la Fondation Paul Gérin-Lajoie, grâce aux sommes octroyées par le compositeur René Dupéré. Chaque fois, les prêts consentis ont été entièrement remboursés, affirment fièrement les administrateurs.

Nous avons fait la rencontre, sur leur lieu de travail, de trois regroupements de six ou sept femmes. Chaque fois, nous étions accueillis par une fête. Avant même d’apercevoir nos hôtesses, nous pouvions entendre leurs chants, puis, sous la forme d’un joyeux cortège, elles émergeaient de l’enceinte de la maison où elles étaient rassemblées. Sous le regard des voisins, elles dansaient et frappaient sur des tambourins fabriqués avec des assiettes en métal sur lesquelles sont accrochés des anneaux de métal. Nous suivions le cortège qui rebroussait chemin, puis, après un cri de ralliement, elles retournaient au boulot tout en répondant à nos questions.

À notre premier arrêt, les femmes cuisinaient des brochettes de tofu. Est-ce épicé? Pas vraiment, nous a-t-ton répondu. Ouais, si on considère qu’un met peu épicé peut être constitué en partie de morceaux de piments forts à faire rougir le visage, transpirer abondamment et cracher du feu! Qu’à cela ne tienne, c’était délicieux!

À notre seconde visite, nous avons fait la rencontre de femmes qui vendaient des… épices! Nous avons mis en doute le contenu du flacon portant l’étiquette «piment doux». Test de goût effectué, c’est fort! Ce jour-là, les femmes préparaient du gingembre. Leurs épices ont été si populaires que nous avons dû placer une commande, que nous récupérerons à notre retour à Porto-Novo dans une dizaine de jours.

Nous avons conclu notre tournée à une bijouterie improvisée. Ces femmes achètent des pierres, des billes de bois et des breloques qu’elles filent pour en faire des colliers et des bracelets. Un commerce plutôt féminin…

Chaque rencontre était à la fois joyeuse et intime. Nous avions la chance de faire une incursion dans l’univers de Béninoises, sans la présence du filtre qui trop souvent crée une distance entre les habitants et les touristes. Des rencontres exceptionnelles, touchantes. À notre départ, ces femmes ont insisté pour qu’on se rappelle d’elles. C’est promis!

Du musée au marché

Nous avons poursuivi cette journée au féminin par la visite du Musée ethnographique de Porto-Novo. Là encore, les femmes étaient à l’honneur. La visite guidée était pour le moins déroutante. Entre deux coups d’œil à son téléphone cellulaire, Elizabeth, notre guide, nous a transmis une masse d’informations à faire sourciller. Malgré mes questions intempestives – déformation professionnelle – je ne suis pas arrivée à piger de grands pans de la stupéfiante histoire béninoise. J’en retiens, notamment, qu’un roi a eu 4000 femmes, et qu’en acceptant de porter certains masques lors de fêtes, des hommes étaient assurés de mourir dans la prochaine année.

Alors, pour prendre un bain de concret, nous avons pris la direction du marché. Un véritable festival pour le sens! C’était bondé et pourtant, ce n’était pas jour de marché et nous étions en fin de journée. Je n’ose pas imaginer à l’heure de pointe! Nous étions évidemment les seuls Blancs de la place, tous vêtus du même t-shirt blanc de la Fondation Paul Gérin-Lajoie. Évidemment, tous les regards étaient tournés vers nous.

Poulets vivants, piments forts, fruits et légumes souvent exotiques, herbes médicinales, poissons, petits minous… Et du monde, encore du monde! Des femmes et des enfants portant leur marchandise sur leur tête. Il fallait éviter les larges paniers pour ne pas les renverser. Des motos qui klaxonnaient en se faufilant dans la foule. Des vendeuses qui nous abordaient sans insistance, parfois en français, souvent en fon. Ça sentait bon les épices, quand les odeurs de bouffent n’étaient pas masquées par celle, omniprésente, de l’essence.

J’ai discrètement sorti mon appareil photo. Je me suis fait repérer sur-le-champ. Le touriste ne prend pas qui veut en photo. Il est de mise de demander la permission avant de pointer son objectif sur quelqu’un. Certains croient que la photo vole l’âme; d’autres, surtout, ne veulent pas être pris pour des bêtes de foire. C’est comme ça partout au pays, mais surtout au marché.

Deux gamins ont insisté pour que je photographie leurs pitreries. En voilà un sur les épaules de l’autre, puis, la seconde suivante, ils sont tous deux accrochés à l’arrière d’un camion qui tente de se frayer un passage dans la foule, surfant pieds nus sur le sol jonché de débris. Je range mon appareil, mais sitôt ressorti, les deux garçons arrivent de nulle part.

Je les filme et les voilà qui foutent la pagaille dans l’étroite allée du marché, au grand dam des vendeuses qui craignent pour leur étalage. Un attroupement se forme. Les motos klaxonnent. Voilà un véritable bouchon de circulation humaine avec, au centre, moi! Les enfants crient, gigotent, en veulent davantage. Les femmes regardent la scène, à la fois amusées et découragées.

Je réalise un peu tard qu’il s’agit des petits voyous du marché, qui s’en prennent aux enfants plus faibles et qui font fi du respect des femmes et de leur marchandise. Après qu’ils aient fait tomber le plateau posé sur la tête d’un enfant, une femme est partie à la course derrière eux, véritable parcours à obstacles qu’elle exécutait avec agilité, même si elle était vêtue d’un pagne et de tapettes (gougounes), plutôt que de vêtements de sport en lycra. Je les ai perdus de vue au détour d’une allée et ne les ai jamais revus.

C’est un peu étourdie, décoiffée, la tête pleine d’images, que je suis sortie de ce marché avec un petit sac de maïs, que j’espère arriver à faire éclater de retour au Québec.

Bon, j’ai un roi à rencontrer demain! Tous les détails à venir dans ma prochaine chronique…

 

LE BÉNIN EN BREF…

La tête sert en quelque sorte de troisième bras aux Béninois. On peut y porter de tout en équilibre, tout en gardant les mains libres. Voici, selon François, Thomas, Lise, Geneviève et Annie, le palmarès des choses les plus inusitées aperçues sur la tête de quelqu’un: une douzaine de poulets vivants, quatre étages d’une trentaine d’œufs chacun avec un petit paquet sur le dessus, un large panier à lessive rempli duquel sortaient des tiges de métal auxquelles étaient suspendus des vêtements sur des cintres, huit étages de piments forts et des brassières.

Ici, les tissus colorés sont rois! Le célèbre combo jeans t-shirt a aussi la cote, mais les vêtements aux imprimés criards sont portés tant par les femmes que les hommes. Les femmes sont souvent vêtues d’un pagne, avec un chandail assorti ou non, tandis que les hommes portent le combo pantalon-chemise. Le boubou, une robe ample unisexe, est porté les jours de fête et les vendredis, pour la messe.

Au Bénin, on se fait la bise quatre fois!

Plusieurs personnes portent des marques sur le visage. Ces traits, le plus souvent sur les joues, sont des cicatrices résultant d’une scarification suivant la naissance. Il peut s’agir de l’identification à une tribu ou de la marque associée à un génie à qui on demande de protéger l’enfant.

Les enfants qui vont à l’école publique portent le même habit beige partout au pays.

Le principal axe routier reliant Cotonou au Nigeria passe par Porto-Novo. À certaines heures où la circulation est moins dense, toutes les voitures d’occasion ayant transité par le port de Cotonou pour être revendues au Nigeria se suivent à la queue-leu-leu sur la route.

Sur la rue, il n’est pas rare de croiser des chèvres, des cochons et des poulets bicyclettes. Mais nous n’avons pas encore aperçu de chiens ou de chats errants.

Certaines poules pondent des œufs colorés différemment. Au centre, il y a du beige d’œuf plutôt que du jaune d’œuf!

Aucune grande chaîne de restauration rapide n’est implantée au Bénin. Pas de McDo, pas de Burger King, pas de Tim Horton’s... J’imagine que ça ne saura tarder.

Un Blanc, au Bénin, est un «yovo». Contrairement au «gringo» d’Amérique latine, cette appellation n’est pas péjorative.

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Derniers commentaires

  • Baobab Hounet
    25 janvier 2012 - 15:37

    Chère Marilaine, vous nous donnez vraiment envie de voir et même de sentir ce pays. Je dois toutefois admettre ma déception de ne pas avoir vu de clichés de ces articles inusités transportés par les gens du marché, ainsi joliment coiffés. Je reste néamoins votre deuxième plus grand admirateur, puisque ce Frederic a déjà revendiqué le titre du premier.

    • Linda et Daniel
      26 janvier 2012 - 11:05

      Salut Marielaine, On essaie à nouveau d'envoyer un commentaire sur ce blog. Jusqu'à présent nous ne les avons pas vu apparaître.... On te félicite pour ton journal très intéressant et qui nous rappelle de bons souvenirs. On voit aussi que tout le monde semble apprécier le voyage et nous en sommes très contents. Salue tout le groupe A bientôt

    • Marilaine Bolduc-Jacob
      Marilaine Bolduc-Jacob
      06 février 2012 - 05:26

      À votre demande, j'ai ajouté une de ces photos... pour le plaisir des yeux (expression empruntée aux marchands)!

    • Marilaine Bolduc-Jacob
      Marilaine Bolduc-Jacob
      06 février 2012 - 05:57

      Au cours de ce voyage, nous avons souvent accueillis par des chants et de la danse. Chez les fons, au sud, les femmes percent des trous sur le bord d'assiettes, dans lesquels elles insèrent des anneaux an métal. Elles jouent de ce tambourin improvisé en entonnant joyeusement ce qui semble être des chansons à répondre. Au rythme des percussions, les Amazones chantent de façon similaire, en faisant des chorégraphies au cours desquelles elles tapent du pied et se déhanchent, une reproduction d'arme dans les mains. Les écoliers bètammaribès, maracas aux chevilles, interprètent des danses similaires au son de la flûte. À la radio et à la télévision, la musique occidentale semble avoir la cote!

  • Linda et Daniel
    25 janvier 2012 - 15:35

    Merci chers Yovos de partager ces souvenirs avec nous Daniel et moi pouvons garantir qu'on n'oublie jamais ces belles rencontres chargées d'émotions et de sincérités. Tu as une plume très agréable et intéressante

  • Frederic Falardeau
    24 janvier 2012 - 19:07

    Ma belle yoyo cherie, que de plaisir a te lire encore une fois. Et quelle bonne idee que de perpetuer la tradition des pays en bref. C'est toujour rempli de faits farfelus biem interessant. Manu a bien hate de manger le pop corn! Fred, Manu et Louka qui t'aiment!

    • Geneviève
      27 janvier 2012 - 11:23

      Bonjour Marilaine, Fort intéressant et comme toujours, captivant ton article! Je ferai suivre ta chronique à des amies qui travaillent dans un Centre de femmes... C'est toujours un plaisir de te lire et de découvrir le monde par le biais de ta plume colorée;-) Geneviève