On peut comprendre la détresse, mais pas accepter la violence

Hélène
Hélène Ruel
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«On peut comprendre sa détresse, mais on ne pourra jamais accepter ce geste d’une violence aussi extrême!», résument Marc Bédard et Éric Veilleux, intervenants chez Homme Alternative au lendemain de ce qui a toutes les apparences d’un drame familial où un père a décidé d’en finir, emportant avec lui ses deux enfants.

Éric Veilleux et Marc Bédard d’Homme Alternative

Les deux intervenants auprès d’hommes ayant des comportements violents ont la triste…et fâcheuse impression de revivre les mêmes sentiments tourmentés qu’au lendemain de ce qu’on avait d’abord associé à un accident de la circulation à Saint-Ferdinand il y a tout juste deux ans. Un père avait provoqué l’accident, se tuant lui… ainsi que son fils.

«Dans son cas, il n’avait pas accepté la rupture. Cette fois, le père paraissait craindre de perdre la garde de ses enfants.»

Marc Bédard le dit tout de go. «Ma première réaction en entendant cette histoire à Warwick, en a été une de colère. Ta... k! Comment peut-on décider de la vie des autres, de celle de deux enfants, victimes innocentes?».

Chaque fois que survient ce genre de tragédie, les intervenants d’Homme Alternative veulent prendre la parole publiquement pour rappeler que des ressources existent pour les hommes désespérés.

Certes, dit Éric Veilleux, il n’y a peut-être pas assez d’argent investi dans les ressources spécifiquement dédiées aux hommes. Mais s’il y en avait plus, consulteraient-ils davantage?, se demande-t-il du même souffle. Il attend, plus qu’un constat, des solutions concrètes, les conclusions de ce rapport gouvernemental sur les drames familiaux qui devrait sortir cet automne. «En sortiront peut-être des nouveaux moyens de venir en aide aux hommes.»

Des «bombes»?

Et chaque fois que survient un événement aussi atroce, Marc Bédard se remet en question. «Chaque événement m’oblige à me repositionner. À me demander si je travaille avec des «bombes». Avec un gars en détresse, on marche sur la corde raide. Je ne suis pas tout-puissant. Que peut-on faire de plus pour prévenir ces gestes insensés? Comment aider les hommes et éviter qu’ils en arrivent à poser des gestes aussi irrationnels?» Une centaine d’hommes fréquentent annuellement les services d’Homme Alternative. «Peut-être - on n’a peu l’occasion de le savoir - qu’on a réussi à sauver des vies, à empêcher qu’un gars pose un geste grave», espère Marc. «C’est plate à dire, poursuit Éric, mais ce genre d’homicide est un geste généralement masculin.» Beaucoup de gens se demandent comment, dans les heures, dans les jours, les mois précédents, ils auraient pu faire quelque chose pour éviter l’irréparable. «Peut-être que c’est il y a 20 ou 25 ans qu’il aurait fallu faire quelque chose pour aider ce gars à gérer ses émotions?» Il se réjouit que dans les écoles, on se soucie aussi de former des citoyens responsables.

Consulter, quand?

«Reste que si le gars était venu consulter, ce n’est pas magique, mais on aurait pu travailler sur son sentiment d’impuissance, sa détresse. Il y a toujours une petite marge de manœuvre entre la colère ou le désespoir et le passage à l’acte. Le gars peut avoir des pensées suicidaires ou meurtrières sans pour autant commettre l’irréparable. Il peut même exprimer ce genre d’idée en consultation. Je suis capable d’entendre et de composer avec cela», poursuit Marc.

Comment un homme (ou peut-être ses proches?) peut-il reconnaître le moment où plus rien ne va… et qu’il risque de devenir violent?

Marc et Éric répondent que lorsque dans sa tête on rumine toujours les mêmes idées, du genre «sans elle, je ne serai jamais heureux» ou «tout le monde est malhonnête», «personne ne me comprend», «la justice est pourrie».

«Quand le gars s’isole de plus en plus, qu’il a le sentiment qu’il a épuisé toutes les solutions, qu’il n’est qu’impuissance, que le seul moyen de se soulager de ses souffrances serait que l’autre souffre autant que lui… il lui faut consulter.»

Quelques heures avant de périr avec ses enfants, le Warwickois s’était manifesté sur son compte Facebook, une «sorte de coup d’éclat qui rendait son suicide moins anonyme, un message qui éclaboussait et par lequel croyait-il, il pourrait faire changer les choses», décrit Éric. «Mais cela reste un moyen insensé… tout comme son geste!»

D’ailleurs, de façon générale, souligne Éric, il partage l’avis de la psychologue Rose-Marie Charest qui soutient que Facebook est une méthode inefficace pour trouver une oreille attentive à ses messages de détresse. «C’est comme de crier dans une foule. Tout le monde entend, mais personne ne sent vraiment concerné ou sollicité. C’est très impersonnel.»

Il rappelle enfin qu’Homme Alternative n’est pas un centre de crise où l’on peut débarquer à toute heure du jour ou de la nuit. Il y a d’autres ressources pour cela. «Ici, on accueille celui qui veut se sortir de son tunnel.»

On peut s’informer au info@hommealternative.qc.ca ou appeler, au 819 357-5757.

Lieux géographiques: Saint-Ferdinand, Warwick

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