Ne perdons pas le Nord

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Conférence de Jacques Dufresne ce mardi le 7 août au Boquébière (50 Wellington nord, Sherbrooke), de 19 h à 21 h

Le Québec n'est encore qu'une province canadienne et pourtant les élections qui vont s'y tenir bientôt devraient intéresser le reste du monde à commencer par les francophones : il y sera question du développement du Nord, c'est-à-dire de biens communs de l'humanité tels que l'eau, l'énergie et le fer, sur un territoire deux fois plus grand que la France. Jacques Cartier, le découvreur du Canada a utilisé l'expression «Terre de Caïn» pour décrire la côte septentrionale du golfe du Saint-Laurent, quand il l'a aperçue pour la première fois en 1534. Il faisait allusion au chapitre IV de la Genèse, où Caïn, ayant tué son frère, est condamné à labourer une terre stérile. Terre de Caïn, terre deux fois maudite : d'abord par la nature et ensuite par les hommes qui semblent se réjouir d'avoir au Nord un immense territoire qu'ils peuvent impunément transformer en dépotoir après en avoir tiré à la hâte des richesses dont, au rythme actuel de leur exploitation, les générations futures seront privées.

 

Le mieux que l'on puisse dire du rapport des Québécois à ce territoire est qu'il est ambigu. Tout se passe comme si nous avions nous-mêmes commis la faute de Caïn. Et en réalité nous l'avons commise en cédant sans condition ce jardin nordique à des entreprises qui en exploitèrent les richesses accumulées dans son passé sans aucun souci pour son avenir. Pour la plupart, nous sommes encore indifférents à cet avenir et quand nous échappons à cette indifférence c'est pour éprouver un sentiment de culpabilité aussi stérile que celui de Caïn. Notre terre promise c'est la Floride. Le Nord est notre tombe : Dans sa version de l'histoire de Caïn, Victor Hugo nous dit que même en s'enfermant dans une tombe, Caïn ne parvenait pas à échapper à l'oeil réprobateur de Dieu.

 

Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre

Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,

L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn.

 

Qui donc a dit que celui qui se sent coupable de tout, ne se sent responsable de rien? L'heure est enfin venue pour nous de passer de la culpabilité à la sollicitude, de prendre possession du Nord d'une façon responsable. Nous voulons être maîtres chez nous, plusieurs aspirent à la souveraineté. L'atteinte de l'un ou l'autre de ces buts dépendra largement de la détermination avec laquelle nous transformerons notre terre de Caïn en terre d'Abel.

 

Si nous reportons au pouvoir le parti libéral, rien ne changera dans notre rapport avec le Nord et, quatre ans plus tard, les décisions les plus importantes, concernant des ressources proches de leur épuisement, auront été prises de façon irréversible dans un climat de corruption à peine interrompu par une commission d'enquête. Le Nord nous apparaît encore comme un territoire annexé à exploiter, en le spoliant si nécessaire; il faut qu'il devienne pour nous un jardin à cultiver, dans un esprit dont plusieurs de nos artistes, de nos poètes ont déjà eu le pressentiment.

 

C'est au propriétaire du jardin qu'il appartient d'en faire l'aménagement, de décider du rythme et des conditions dans lesquelles ses richesses seront mises au profit de la communauté internationale comme de la communauté nationale. C'est l'appel que le chanteur poète Richard Desjardins a lancé de façon admirable dans le film Trou Story. Cet appel hélas! c'est à peine si on l'a entendu dans le Québec d'en bas. Ce Québec s'était pourtant intéressé au film de Desjardins sur la forêt Boréale. La forêt est proche de nous, nous aimons les arbres autour de nos maisons, mais ce Nord si minéral n'est encore bon à nos yeux que pour Caïn. Les rivières du Nord heureusement nous touchent plus que son sol et son sous-sol, nous pouvons rêver d'y faire des pêches fabuleuses et des excursions inoubliables. Occasion de souligner le travail de la Fondation des Rivières et de son directeur le comédien Roy Dupuis. Il faut donner à ces artistes l'occasion de nous présenter leur rêve, rêve dont l'ébauche se trouve dans des films de l'ONF sur le Nord de même que dans les travaux du fondateur du Centre d'études nordiques, le géographe Louis Edmond Hamelin. Il fallait commencer par la géographie, il faut poursuivre le travail de recherche en écologie, en géophysique, en éthologie etc.

 

Nous pouvons nous inspirer d'un précédent qui indique la voie à suivre vers la métamorphose du Nord de dépotoir en jardin : le développement de la Baie James. Ce développement a été, comme il se devait, l'oeuvre d'une Société nationale. Seule une Société nationale analogue peut assurer adéquatement le développement des deux tiers du territoire national.

 

Il est d'autant plus important de réfléchir sur ce projet, et d'abord d'être bien informé à son sujet, qu'il s'inscrit dans un contexte radicalement différent de celui des années 1935-1975, pendant lesquelles furent prises les premières grandes décisions relatives à nos ressources naturelles, l'hydroélectricité et les mines de fer sur la côte Nord, le cuivre et l'or en Abitibi en particulier. Alors qu'à cette époque le facteur économique représentait 95% de l'enjeu (ce projet est-il rentable ou non?), il faut aujourd'hui tenir compte d'une multitude de facteurs, depuis le réchauffement climatique, jusqu'aux droits des amérindiens et à la pollution des nappes phréatiques On est passé du simple au complexe sur le plan des données du problème. Il faut par la suite passer de la pensée linéaire à la pensée complexe pour trouver la ou les solutions.

 

On trouvera en annexe un encadré sur la pensée complexe. On trouvera aussi en annexe un texte de Jean Haman évoquant l'esprit – (qu'il faut retrouver) dans lequel le Centre d'études nordiques a été créé. Je ne pourrai pas dans le cadre de cet article traiter adéquatement la question des atteintes à l'environnement. Je renvoie sur ce point les lecteurs au rapport de Nature Québec sur le projet de mine de diamants de la compagnie Stornoway et au site de la coalition pour que le Québec ait meilleure Mine. Ce site donne aussi accès à l'essentiel pour ce qui est de la réforme en profondeur de la loi sur les mines. Pour ce qui est du thème Maître chez nous, il faut consulter le site MCN21. Pour tout ce qui a trait à l'apprivoisement du Nord dans notre imaginaire aussi bien qu'aux aspects sociaux et politiques de la question, il faut relire les grands articles de Louis-Gilles Francoeur dans Le Devoir

Le Nord retrouvé

 

Le 22 mai dernier, jour de la Terre, 200 000 personnes manifestèrent dans les rues de Montréal. On peut voir là la preuve que de nombreux Québécois ont compris que le nouveau contexte exige des efforts de recherche, de réflexion, de dialogue et de coopération sans précédent.

 

Je veux me joindre à ce mouvement en mettant l'accent sur des questions, cruciales, fondamentales, mais néanmoins négligées dans le débat jusqu'à maintenant : la complexité, l'épuisement des ressources, et l'importance croissante de l'énergie dans l'exploitation des ressources en voie d'appauvrissement et d'épuisement.

 

Le développement du Nord du Québec est en ce moment dans le monde l'un des défis les plus enthousiasmants qui puissent s'offrir à un peuple . Encore faudrait-il que ce peuple ait la volonté de le relever. Ce que dans le cas de l’électricité les Québécois on fait avec tant de détermination et de succès à compter de 1960 voudront-ils le faire aujourd'hui dans le cas des mines? Il semble bien que dans le cas précis des mines, une fois un modèle de développement établi dans un pays, il soit bien difficile de s'en défaire par la suite. C'est ce qu'on appelle en anglais le Path dependency, expression que nous traduirons par «tradition fatale». Au Québec, on a avec raison reproché au gouvernement Duplessis (1936-40, 44-60) d'avoir littéralement donné les richesses naturelles du pays aux entreprises étrangères qui lui faisaient l'honneur de s'y intéresser. Mais en cela Duplessis n'innovait pas, il imitait les autres gouvernements du Canada, notamment celui de l'Ontario qui avait fait don de ses terres et de sa jeunesse pour assurer le développement des mines de nickel notamment. Ce que le film Trou Story de Richard Desjardins montre bien. Les Ontariens et les Canadiens anglais en général ont toutefois su défendre leurs intérêts dans ce domaine sur un autre plan : aujourd'hui 57% du capital minier mondial se transige à la bourse de Toronto.

 

Jusqu'à ce jour, sauf dans le cas de l'électricité, la promesse de nouveaux emplois offerts immédiatement et créés par des capitaux et des entreprises étrangères a toujours séduit les Québécois au point qu'ils n'ont jamais voulu prendre le risque de les perdre en défendant leurs intérêts énergiquement. Ajoutons à cela qu'en 1960 le Québec était encore pauvre au point de s'incliner devant tout investisseur qui lui disait : «Si vous ne nous donnez pas les droits d'exploitation dans les meilleures conditions, nous investirons ailleurs dans le monde. Du fer, il y en a en surabondance au Brésil.»

 

Parce d'une part le Québec s'est enrichi, qu'il a de grandes firmes d'ingénieurs, qu'il forme des techniciens compétents, la stratégie du «c'est à prendre ou à laisser» ne devrait plus être aussi efficace que dans le passé. Pourquoi, avec tous les risques que cela comporte, exploiter le gaz de schiste maintenant alors que le gaz naturel ne vaut pratiquement rien sur le marché? Dans le sol, le gaz prend de la valeur, sans rien polluer; pour le sortir du sol, il faut prendre des risques écologiques dont les coûts seront peut-être plus élevés que ce que rapportera la vente aux citoyens qui en assumeront la responsabilité

Le métal sous-produit de l'énergie

 

Tous les minéraux sont en voie d'épuisement. On prévoit que le fer sera épuisé dans 79 ans, le cuivre dans 38 ans, le nickel dans 40 ans; cela veut dire que la concentration du métal dans le minerai est de plus en plus faible et qu'il faudra de plus en plus d'énergie pour tirer du métal du minerai. C'est ce rapport entre l'énergie utilisée et le bien produit qui est le concept clé. Il y a du cuivre partout sur la terre, y compris dans le corps humain, et à mille pieds sous terre mais en très faible concentration sauf dans les gisements. Si l'énergie était disponible de façon illimitée, il serait possible de récupérer tout ce cuivre, ce qui a fait dire à certains optimistes qu'il y a sur la terre des réserves de cuivre pour 7 milliards d'années! Sauf que pour tirer de la croûte terrestre l'équivalent de la production actuelle de cuivre, on aurait besoin de 20 fois plus d'énergie qu'on en produit en un an. (Source Ugo Bardi: The universal mining machine).

 

Ugo BardiBien des lecteurs songeront à nous quitter ici. Si, penseront-ils, le problème de l'épuisement est aussi grave et actuel qu'il le dit comment se fait-il qu'on en parle si peu, comment se fait-il que les nombreux experts déjà engagés dans le Plan Nord n'en font pas état? C'est que l'épuisement des ressources est comme la mort, et comme la notion de limite, l'objet d'un déni radical et systématique de nos contemporains, bien convaincus, à rebours du bon sens le plus élémentaire, qu'une croissance indéfinie est possible dans un monde où les ressources non renouvelables sont limitées. Un ancien cultivateur québécois se serait bien gardé de brûler tout le bois de sa terre avant de la céder à un fils. Une terre sans bois pour réchauffer son propriétaire, humidifier son sol et pour servir de source de revenus d'appoint , c'est comme une maison sans toit. Une humanité privée de fer, de cuivre et d'uranium et avec, pour tirer profit du peu de bois et d'eau qu'il restera, une énergie de plus en plus rare et coûteuse, c'est une maison en ruine. Le déni susbiste pourtant. Quand on leur dit que les réserves de cuivre ou d'or seront bientôt épuisées, bien des experts encore aujourd'hui répondent qu'il suffira que le coût de ces métaux augmente pour qu'on trouve de nouveaux gisements. C'est ce qui se passe en ce moment pour le pétrole; le prix actuel est assez élevé pour que l'exploitation des sables bitumineux devienne rentable, mais il faut bien noter au passage que l'équivalent d'un baril de pétrole en énergie est nécessaire pour en produire deux, alors qu'au début du XXe siècle aux États-Unis le rapport était de 1 à 100. En 1930, en donnant son cuivre sans compter à une entreprise dans le seul but était d'en tirer le plus grand profit le plus rapidement, le Québec ne faisait qu'une mauvaise affaire. En faisant de même aujourd'hui, il est suicidaire. C'est ce qui explique pourquoi les experts ouvrent les yeux un à un et ne craignent plus de jouer les Cassandre. L'un des pionniers dans ce rôle ingrat, L.David Roper prédit que la population mondiale baissera en fonction de l'énergie demeurant disponbile. Dans quelles conditions? Le déni est en effet moins douloureux ici que la lucidité.

 

Si un seul métal était en cause, il serait peut-être possible d'imaginer des solutions rentables, mais ce n'est pas le cas, tous les métaux sont en voie d'épuisement. Conséquence : il faut de plus en plus d'énergie pour produire un gramme d'or ou une tonne de cuivre, de zinc ou de plomb. Le coût d'un métal en énergie est inversement proportionnel à la concentration du métal dans le gisement; or, nous l'avons dit, l'énergie est elle-même en voie d'épuisement. On dit que le public a perdu confiance en ses dirigeants. En ses dirigeants politiques peut-être, mais pas en ses dirigeants hommes d'affaires et scientifiques. Placé devant la question de la limite, ce public a une réponse toute faite: «Y vont trouver quelque chose»...

 

On a d'abord vidé les gisements à forte contentration si bien que la date la plus importante dans l'histoire des métaux est celle où se croisent les courbes de la quantité de métal déjà extrait et celle du métal à extraire. Ce point de rencontre correspond de près au pic. Selon L. David Roper ce point de rencontre se situe vers 2045 pour le fer, 2018 pour le cuivre, 2089 pour le plomb, 2097 pour l'or, 2025 pour le chrome. (Comme il entre 11% de chrome dans l'acier inoxydable, on peut présumer que ce type d'acier, qui a l'avantage d'être durable, coûtera de plus en plus cher à partir de 2025).

Combien de barils de pétrole pour une once d'or

 

Il faut ouvrir ici une parenthèse pour soulever une question d'éthique qui est aussi une question économique. L'or ne subsiste encore qu'en très faible concentration, ce qui veut dire que le coût énergétique de l'extraction de ce produit de luxe est très élevé; étant donné la logique du marché à laquelle on s'en tient encore, l'or pourrait valoir un jour prochain 5,000 $ l'once et entraîner une hausse démesurée du coût en énergie de son extraction dans un contexte de raréfaction de l'énergie et de concurrence entre les utilisateurs. Faut-il en conclure qu'il faudrait interdire l'extraction de l'or dans l'état actuel des choses? Rien ne serait à la fois plus raisonnable et plus rationnel, Mais compte tenu des milliards déjà investis dans l'extraction de l'or, il serait bien difficile d'imposer une telle limite à la loi du marché; si on ne l'impose pas, dans ce cas et dans d'autres semblables, il faut toutefois s'attendre à ce que l'économie de certains pays s'effondre à cause du coût élevé de l'énergie. (N'est-ce pas ce qui se passe déjà dans plusieurs pays européens? Les analyses fines, celles de George Mobus par exemple, nous apprennent qu'aux États-Unis la croissance économique affichée au cours des trente dernières années est une fiction entretenue par les gains liés à la spéculation.)

 

Rien n'illustre mieux l'importance du facteur énergie qu'une récente décision de la compagnie Stornoway Diamond Corporation. Cette compagnie annonçait récemment qu'elle n’ira pas de l’avant dans la construction d’une ligne électrique entre son projet minier de Renard et la centrale hydroélectrique Laforge 1.

 

Selon le journal Les Affaires,

 

«Stornoway prévoyait au départ utiliser des groupes diesel électrogènes pour exploiter son gisement diamantaire situé à presque 160 km du barrage d’Hydro-Québec. Mais la société d’État avait présenté un projet de ligne électrique.Les études de faisabilité menées par Hydro-Québec évaluent le coût de construction d’une telle infrastructure à presque 174 M$.

 

Le projet initial de Stornoway, avec des génératrices diesel, revient à un coût de fonctionnement de 54,71 $ par tonne, a indiqué l’entreprise ce matin. Avec la ligne électrique d’Hydro-Québec, les économies sont d’environ 9 $ par tonne.

 

Cependant, la société d’État exigeait que Stornoway défraie tous les coûts de construction, pour qu’elle soit remboursée à mesure que d’autres projets miniers se branchent à cette ligne électrique.

 

Mais comment le diesel sera-t-il acheminé vers la mine? Par un chemin qui sera construit par le gouvernement du Québec. Selon M. François Pouliot, c'est un important coup de Jarnac que vient d'infliger Stornoway au Plan Nord. La décision de la minière d'aller au diesel plutôt qu'à l'électricité jette un important doute sur la réalisation d'une bonne partie des 47 G$ d'investissements en énergie (60% du Plan) qui y sont prévus. »

 

Et voici le réchauffement climatique qui s'ajoute au dossier déjà complexe du développement du Nord. Le diesel produira beaucoup plus de gaz à effet de serre que l'énergie hydro-électrique ne l'aurait fait. Et c'est l'humanité entière qui assumera le coût de cette pollution.

 

Des problèmes semblables se posent mutatis mutandis dans le cas du fer. La production annuelle totale d'énergie est de 450 EJ (Exajoules). La production totale de fer requiert 24 EJ d'énergie, soit 5 % de la production totale, pourcentage qui pourrait s'élever à 10% quand la concentration du fer dans les gisements traités sera deux fois moins élevée. Le Québec étant un producteur d'énergie propre, il jouit par là d'un avantage par rapport à ses concurrents dans la course à la production du fer. Cela ne veut pas dire toutefois que le même Québec peut sans risques construire de nouvelles centrales hydro-électriques pour satisfaire les besoins des entreprises minières productrices de fer. Cela veut dire que dans son intérêt et dans celui de l'humanité entière, le Québec devrait transformer sur place la plus grande quantité possible de fer.

 

Parce que le fer est et sera toujours nécessaire, parce que les gisements à haute concentration se vident peu à peu, on est porté à présumer que son prix, qui atteint un sommet de 180 $ la tonne se maintiendra ou augmentera, réduisant ainsi les risques des entreprises du secteur. Tout n'est pas si simple hélas! La Chine consomme 50% du fer produit dans le monde en ce moment, alors que sa population ne représente que 20% de la population mondiale. Rien ne prouve toutefois que sa consommation, et par suite ses importations, se maintiendront à ce niveau. Elle a besoin d'une énorme quantité de fer en ce moment parce qu'en plus de produire des biens pour le monde entier, elle se dote à un rythme que certains jugent affolant d'infrastructures correspondant aux besoins de sa population : autoroutes, ponts, aéroports. Il est évident qu'elle ne pourra pas maintenir ce rythme et qu'elle n'aura pas à le faire. Aux États-Unis, la consommation de fer s'est stabilisée à 9, 500 kg par habitant en 1978 et elle n'a pas augmenté depuis; au Japon la stabilisation a eu lieu en 1998 à 10 000 kg. Ce qui a incité un analyste à écrire un article intitulé :

Warning Quebec; China threatens the Northern Plan

 

En 2010, la consommation chinoise de fer était de 417 kg par habitant. Elle pourrait se stabiliser à 10 000 kg en 2017, si la croissance du pays se maintenait à 6%, ce qui pourrait ramener le prix du fer à 80 $ la tonne et mettre en difficulté bien des entreprises à l'oeuvre au Québec, dont Wisco l'entreprise chinoise qui a pris récemment le contrôle d'Adriana, la compagnie torontoise qui détient le droit d'exploiter le gisement du Lac Otelnuq

 

Occasion de réfléchir sur la surenchère dans la promotion des gisements. Un survol rapide nous a permis de découvrir que trois gisements au moins sont présentés comme les plus importants du monde. La plus grande réserve mondiale de fer se trouverait en ce moment sur les terres de Baffin au Nunavut; Le potentiel y serait de 4 milliards de tonnes qu'il faut comparer aux 2,5 milliards de tonnes du gisement du Mont Simandou en Guinée, lequel est aussi présenté par ses promoteurs, le gouvernement de Guinée et la compagnie Rio Tinto, comme le plus grand du monde n'en déplaise à la compagnie Adriana et au journal le Soleil de Québec qui ont également une haute idée du projet du Lac Otelnuk. «Situé entre Schefferville et Kuujuaq, dans le Nunavik, le gisement du lac Otelnuk contient des ressources indiquées et inférées de 6,3 milliards de tonnes de minerai, avec une teneur en fer de 29 %. Mais Adriana estime le potentiel à plus de 15 milliards de tonnes. Selon les plans d'Adriana, Otelnuk pourrait produire 50 millions de tonnes par année (autant que la production actuelle du Canada), pendant 75 à 100 ans.

Baffinland : 720 milliards pour 400 millions

En attendant, la valeur du fer est de 180$ la tonne, elle pourrait augmenter encore et se stabiliser à un niveau très élevé. Un article de la presse spécialisée sur le gisement de la Terre de Baffin donne une bonne idée de ce que pourraient être les profits des minières dans ces conditions. L'article porte sur la prise de contrôle de la compagnie Baffinland par la compagnie ArcelorMittal, au prix de moins de 400 millions. Les terres des Baffin sont situées au Nunavut, non Québec, mais les Québécois qui sont aussi canadiens sont directement touchés par ce qui se passe là-haut.

Dans le gisement des Terres de Baffin, connu depuis longtemps, les réserves de minerai à forte concentration sont de 4 milliards de tonnes. A supposer que le prix du fer se maintienne à 180 $ la tonne, la valeur du fer contenu dans ce gisement serait de 720 milliards. D'où le fait que l'analyste de InvestingDaylay s'étonne, avec une nuance de mépris pour les naïfs canadiens, de ce que Arcelor Mittal ait pu acquérir 70% des actions de Baffinland pour moins de 400 millions. Il est vrai qu'Arcelor Mittal devra débourser quatre autres milliards pour mettre en place les infrastructures. Elle prévoit tout de même que le coût de la production d'une tonne de fer oscillera entre 50 et 60 $ la tonne : Le reste : profits. Avantages pour le Nunavut et l'ensemble du Canada, l'article n'en dit rien. Tout indique qu'ils ne sont pas très importants. Source

 

L'extraction des 6 à 15 milliards de tonnes du gisement du lac Otelnuk ne devrait pas coûter moins cher. La concentration du fer pourrait y être moins forte, mais le coût des opérations pourrait y être moins élevé. Profits à l'horizon : des centaines de milliards. «Adriana, précise le journal La Presse, espère obtenir un soutien de l'État québécois pour le développement des infrastructures, ferroviaires ou électriques. ''Des investissements initiaux de 8,5 milliards, je pense que ça vaut un soutien du gouvernement'', déclare Allen Palmiere en évoquant le Plan Nord. » Quels avantages le Québec en tirera-t-il ? Les articles que nous avons pu consulter ne donnent pas de précisions à ce sujet.

Substitution

 

La compagnie Adriana semble prête à s'engager auprès du Gouvernement québécois à exporter du fer à raison de 50 tonnes par année pendant cent ans. Compte tenu de la date généralement prévue pour l'épuisement du fer, dans 79 dans, nous devrions avoir à ce moment l'embarras du choix des acheteurs et du prix à exiger. Sur quelle base prendre une décision dans une situation aussi complexe? Peut-être aurions-nous intérêt à investir dans la recherche sur les produits de substitution aux métaux dont les jours sont comptés. Hélas, tout est aussi complexe de ce côté, ce que nous rappelle Ugo Bardi.

 

Déjà en 1976, Brian Skinner avait intitulé l'un de ses articles : «Un second âge pour le fer?» Il avait à l'esprit le remplacement, dans les procédés industriel, des éléments rares par le fer. La même année, Goellner et Weinberg avaient étudié la question dans un article où ils proposaient le principe de l'infinie substitutionabilité. Par la suite, on a souvent cité leur texte en le présentant comme la réfutation définitive du catastrophisme. Ils avaient eu le mérite reconnaître que l'application de ce principe nécessiterait de nouveaux apports d'énergie.

 

On songe depuis longtemps à remplacer le cuivre par l'aluminium en tant que conducteur. Il faut toutefois savoir qu'il faut 210MJ/kg pour produire de l'aluminium métallique alors qu'il suffit de 50 MJ pour produire 1 kg de cuivre. La différence est du même ordre dans le cas du remplacement de l'acier inoxydable par du titanium.

Le recyclage

 

La substitution n'est donc pas la solution. Qu'en est-il du recyclage? Si nous pouvions le réussir à 100%, nous ne serions jamais à cour de métaux, rares ou abondants. Malheureusement le recyclage requiert autant d'énergie que l'extraction. C'est l'une des nombreuses raisons pour lesquelles il ne se développe pas davantage. En ce moment nous ne parvenons à recycler qu'une fraction de ce que nous jetons. Le taux de recyclage aux États-unis est en moyenne de 50% . Ce n'est pas suffisant pour compenser le déclin de l'industrie minière. Et pour le moment on ne voit pas comment pourraient s'opérer les changements de mentalité et de politique industrielle qui rendraient possible une amélioration du rendement du recyclage.

 

Mais on peut déjà observer des choses étonnantes. Une grande entreprise de recyclage anglaise projette de filtrer 30,000 tonnes par année de poussière de rue (street dust) avec l'espoir d'en tirer 5kg de palladium....valant 80,000 livres. La même opération permettra sans doute de récupérer d'autres métaux rares, du platine notamment. Le palladium et le rhodium sont des métaux apparentés au platine; ils sont utlisés aux mêmes fin, principalement dans les pots catalytiques de toutes les voitures produites depouis 1990. D'où les précieuses poussières qui sortent des tuyaux d'échappement. Ce qui illustre bien la complexité du phénomène que nous étudions: pour réduire la pollution par le monoxyde de carbone et les hydrocarbures, on a extrait et utilisé tant de platine, de rhodium et de palladium qu'il faudra désormais pour s'en procurer filter à grands frais énergétiques les poussières ramassées dans les rues.

 

Le platine vaut plus cher que l'or. Gare aux vols de pots catalytiques!

Réutilisation

La réutilisation autorise plus d'espoir. On pourrait, par exemple, fabriquer des carrosseries de voiture en acier inoxydable. Le coût en énergie à la production serait plus élevé, mais le produit fini pourrait durer indéfiniment et servir ensuite à d'autres fins que le transport par automobile. Mais que deviendraient les profits à court terme des actionnaires de GM ou de Toyota? Comment modifier les stratégies d'entreprise qui s’accommodent si bien du gaspillage systématique?

Au lieu de planifier la production à long terme en fonction de l'épuisement des ressources, on a planifié la désuétude des produits pour accroître les profits, des profits qui ne prennent en compte ni les coûts environnementaux, ni les coûts intergénérationnels. Le gaspillage systématique que nous pratiquons depuis plus d'un siècle va inévitablement se traduire un jour par l'appauvrissement de nos descendants. Il reste toutefois plus de choses possibles dans le domaine de la réutilisation que dans les autres domaines. On recommande la voiture électrique pour le Québec, mais à quoi bon installer un moteur électrique durable dans une carrosserie que la rouille aura rongée dans dix ans? Ne serait-il pas plus logique d'installer le moteur sur une carrosserie inusable?

La décroissance

 

Reste la décroissance, une décroissance qui devra être volontaire au début, mais dont on voit mal comment on pourrait l'éviter à moyen terme. Ce serait donc faire preuve de sagesse que de commencer à la pratiquer volontairement, le choc de l'inévitable serait ainsi moins violent. Il suffit toutefois d'ouvrir les yeux sur l'Espagne et la Grèce en ce moment pvoir à quel point la transition vers une vie plus simple sera difficile. D'où l'intérêt des travaux actuels sur la coopération On en a fait enfin l'une des lois de l'évolution, mais pour ce qui est de l'humanité, elle sera plus nécessaire encore dans la reconversion à un mode de vie plus simple.

Le choix

 

Au début de la décennie 1960, le Québec prenait la décision audacieuse de nationaliser la production et la vente de l'électricité et de confier à la société d'État Hydro-Québec la gestion courante et le développement de l'ensemble du réseau. Le slogan «Maîtres chez nous» qui avait aidé les libéraux à prendre le pouvoir prenait ainsi tout son sens. Il faut rappeler qu'à ce moment le Québec n'avait pratiquement pas de dette, ce qui facilitait les opérations de ce genre. Le Québec de 2012 serait-il en mesure de nationaliser le secteur minier, en partie ou en totalité? Aurait-il intérêt à le faire? Wisco, la compagnie qui vient de prendre le contrôle d'Adriana et s'apprête à développer, est une entreprise nationale chinoise. Une société d'État étrangère a donc sur nos ressources naturelles des droits que n'a pas notre propre gouvernement. Ne conviendrait-il pas que Québec nationalise une ou deux entreprises, ne serait-ce que pour acquérir une expérience qui lui permettrait de mieux défendre ses intérêts dans le secteur minier? C'est ce qu'il a fait en 1982, dans le secteur des pâtes et papiers en prenant le contrôle de Domtar. Il y a toutefois un préalable requis à ces grandes décisions : la réforme en profondeur de la loi sur les mines, telle que la réclame la coalition pour que le Québec ait meilleur Mine.

 

L'article que signait M.Yvan Allaire dans le Devoir du 30 janvier 2012 nous semble plein de bon sens. Nous retenons la conclusion qui suit un excellent plaidoyer en faveur d'une hausse des taxes sur les profits des minières. Le gouvernement Charest, précise M.Allaire, a fait récemment un pas dans la bonne direction, mais le Québec en est encore au troisième rang des provinces canadiennes pour ce qui est de la participation aux profits des compagnies.

 

«Faut-il rappeler que le minerai n'est pas une ressource mobile? Son extraction fait appel à des technologies connues et stables. Aussi le Québec devrait-il se doter d'une société d'État capable de rassembler les ressources techniques et financières pour l'exploitation de ressources minières, habile à négocier les termes et conditions du développement minier avec des promoteurs et investisseurs privés pour en extraire tous les bénéfices pour le Québec. [...]

 

Le régime actuel de redevances laisse une trop grande part des profits aux minières, lésant ainsi les propriétaires de la ressource, les citoyens du Québec. Le taux de rendement pour l'exploration minière dépasse largement et outrageusement ce qui est nécessaire et juste pour compenser les risques associés à de tels investissements. Cela est indiscutable et inéquitable!

 

Si le gouvernement ne veut pas innover en adoptant un modèle de redevances comme l'un ou l'autre de ceux proposés ici, soit, mais il doit répondre aux questions de fond: trouve-t-il équitable et raisonnable que les minières réalisent des taux de rendement interne de 50 à 80 % ou plus? Sinon, comment le gouvernement compte-t-il faire en sorte que les citoyens du Québec, propriétaires des ressources, reçoivent une meilleure part des profits? »

 

Faudrait-il être plus audacieux? Le gouvernement suédois ne possède-t-il pas 78 % de ses entreprises minières? Dans un document publié récemment, la Banque Mondiale ne fait-elle pas état du fait que la nationalisation est la nouvelle tendance depuis quelques années? La complexité de la situation ne laisse le choix qu'entre divers scénarios qui devraient être soumis au débat public. Le gouvernement de Guinée recevra 700 millions de dollars de Rio Tinto immédiatement après avoir accordé à cette compagnie le droit d'exploiter le gisement du mont Simandou. Rio Tinto versera cette somme en plus de financer elle-même les infrastructures dont un chemin de fer de plusieurs centaines de kilomètres qu'elle cédera au Guiné dans trente-cinq ans. Ce contrat, qui fera rêver bien des Québécois, est-il vraiment avantageux pour la Guinée...et l'Afrique?Une poignée de grandes compagnies, ArcelorMittal, Rio Tinto et quelques chinoises se partagent en ce moment l'extraction et la production du fer. Les nations possédant les ressources qui toutes, sauf la Chine, sont petites par rapport à ces entreprises géantes, ne devraient-elles pas s'unir pour négocier des contrats plus avantageux pour leur population?

 

Peut-être le Québec a-t-il intérêt à limiter ses risques en évitant de devenir actionnaire d'un trop grand nombre de compagnies. Ne pourrait-il pas aussi en plus de prélever des droits à la source imposer à la fin du processus une taxe qui pénaliserait les entreprises qui font peu de transformation sur place

 

À quel rythme opérer le développement. C'est peut-être la question la plus importante. La justice intergénérationnelle, le bien commun mondial, aussi bien que l'intérêt national à long terme n'exigent-ils pas qu'on laisse montrer les enchères, que l'on garde certaines réserves en réserve

Information et coopération

L'essentiel est que les citoyens soient bien informés des enjeux et participent aux grandes décisions. Et pourquoi ne deviendraient-ils pas eux-mêmes une partie de la solution? Il y a d'autres possibilités que la propriété privée des mines ou la nationalisation des entreprises minières. La coopération en est une. Cette formule correspond bien aux valeurs des Québécois, ils l'ont utilisée avec bonheur dans le secteur agricole, comme dans celui des forêts et des pêcheries. Pourquoi ne l'ont-ils jamais appliquée dans le secteur minier?

Le moment n'est-il pas venu de tenter au moins une expérience, en évitant les erreurs commises ailleurs, en Bolivie notamment. Les coopératives n'y regroupent généralement qu'un petit nombre de mineurs et, pour l'instant, elles jouent le jeu des entreprises étrangères qui s'opposent à ce que le gouvernement central prélève des taxes plus élevées. Les revenus de 1 milliard n'ont rapporté que 58 millions au gouvernement bolivien. On s'intéresse aussi aux coopératives minières en République centre africaine, où l'on a publié, avec l'aide d'experts américains un guide du code minier.

 

Les travaux les plus récents sur la tragédie des communs, ceux d'Elinor Ostrom notamment, réhabilitent la coopération en économie. Le débat sur la tragédie des communs est ancien, mais l'épuisement des ressources naturelles, qui devraient être en principe communes, en fait le débat clé pour l'avenir. En 1968, le sociobiologiste Garret Hardin a relancé la question en reprenant l'exemple classique du pré commun aux habitants d'un village; il a soutenu que l'intérêt personnel des exploitants des communs ne peut que conduire à la ruine de la ressource. Chaque berger voudra faire paître le maximum de brebis en même temps, etc. Par la suite on a étudié le modèle communiste, où l'autorité centrale décide de la parcelle de terre qui sera allouée à chacun. Ce modèle paraissait déjà voué à l'échec au moment où il intéressait le plus les théoriciens au cours de la décennie 1980. Restait le modèle capitaliste où les bergers deviennent propriétaires d'une parcelle qu'ils auront intérêt à utiliser avec mesure....jusqu'à ce que l'un d'entre eux achète la parcelle de chacun de ses voisins. Elinor Ostrom, prix Nobel d'économie, aura ensuite le mérite de présenter un troisième modèle fondé sur la coopération.

 

Dans un document récent de L'Institut des hautes études sur la Justice on a bien fait le point sur ce modèle.

 

«Pour Hardin, les communs sont donc uniquement des ressources disponibles, or le grand mérite d’Elinor Ostrom est d’avoir montré que cette conception des communs reposait sur une conception abstraite ayant peu de choses à voir avec les communs réels gérés collectivement depuis des millénaires (comme les réseaux d’irrigation ou les pêcheries). C’est que les communs sont liés à des communautés, et donc à un sens collectif, où les individus communiquent et négocient dans une perspective qui ne se réduit pas à des intérêts immédiats.

 

En effet, faisant l’objet d’une gouvernance qui n’est imposée ni par le marché, ni par l’état, le souci des biens communs est toujours de concilier le droit d’usage avec la préservation des ressources. Or, cette conciliation, comme le montre la gestion de biens communs complexes (comme les canaux d’irrigation), est rendue possible grâce aux valeurs partagées par les membres de la communauté. Ces valeurs permettent de surmonter les difficultés de gestion, de véhiculer les connaissances collectives et de « prendre conscience de l’importance de l’adaptabilité et de la flexibilité de l’institution (2) ».

 

La production de biens communs est par conséquent un construit social et politique qui dépend de l’arbitrage de la collectivité entre ce qu’elle peut ou veut supporter pour le bénéfice de tous et la production de biens libres d’accès. C’est ainsi à la collectivité de fixer le curseur : les routes pouvant être par exemple libres d’accès et gratuites et les autoroutes libres d’accès mais payantes.

 

Dans la région agricole la plus prospère de l'Espagne, celle de Valence, les ressources en eau nécessaires à l'irrigation, ressources limitées, il va sans dire, sont gérées ainsi par la communauté depuis plus de mille ans. Compte tenu du sens de la coopération dont les Québécois ont fait preuve dans le passé, compte tenu de leurs rapports amicaux avec les autochtones, premiers touchés par le développement du Nord, compte tenu du fait que le dialogue s'accroît avec la rareté de la ressource, il serait bien regrettable que la coopération ne soit pas un facteur significatif dans la nouvelle étape du développement du Nord.)

 

 

par Jacques Dufresne, éditeur de l'Ecyclopédie de l'Agora (agora.qc.ca)

Annexes

Documents et liens

Ressources du Québec

Mines actives

Projets miniers

Mines et projets de fer

Réserves mondiales de métaux

 

Tableau complet : US Geographical Survey

 

 

Autre trableau complet avec des précisions sur les dates de l'épuisement

 

Tableau complet en français avec des précisions sur les dates de l'épuisement

 

1980 – 2022 la fin du cryolithe, terbium, hafnium, argent, antimoine

2023 – 2025 la fin du palladium, or, zinc, indium

2028 – 2039 la fin de l’étain, plomb, cuivre et tantale

2040 – 2064 la fin de l’uranium, zinc, pétrole, nickel, platine

2072 – la fin du gaz naturel

2087 – la fin du fer

Complexité

 

 

J'avais au départ une conviction qui est devenue une certitude au fur et à mesure de mes premiers pas hors de l'ignorance : il faut aborder ces questions dans la perspective de la pensée complexe. La loi de l'attraction universelle n'aurait pas été aussi simple, ni aussi élégante si Newton avait tenu compte des petites attractions exercées sur l'un et l'autre des corps en cause dans la célèbre équation : Deux corps ponctuels de masse s'attirent avec des forces proportionnelles à chacune des masses, et inversement proportionnelle au carré de la distance qui les sépare. Cette loi est suffisamment juste, pour la plupart des usages qu'on peut en faire, y compris les vols spatiaux, mais elle n'est pas parfaitement vraie. Newton a négligé des petits facteurs dont on sait aujourd'hui qu'ils peuvent avoir de grands effets, celle de cet effet papillon, événement infinitésimal qui peut être à l'origine d'un ouragan.

 

Le mathématicien Henri Poincaré a montré au début du XIXe siècle que l'interaction entre trois corps est imprévisible, chaotique. Ce fut l'un des événements fondateurs de la pensée complexe.

 

Le plus souvent, (voir les principes de notre loi sur les mines ) quand on aborde des questions comme celles du développement du Nord, on imite Newton sans réfléchir à la chose et sans s'aviser du fait que les choses jugées négligeables dans ce cas ne le sont peut-être pas. On s'arrête à quelques éléments de la situation, tel le rendement sur l'investissement et les atteintes les plus graves à l'environnement et l'on fait allusion aux autres éléments dans les notes de bas de page.

 

Sans prétendre pouvoir repérer tous les éléments importants et à plus forte raison sans prétendre pouvoir faire l'analyse des interactions entre eux, j'en alignerai un certain nombre et je donnerai un aperçu des rapports qu'ils entretiennent entre eux. Il se pourrait qu'à la fin de l'exercice un long moratoire me paraîsse nécessaire.

 

Plus une question de partage des biens est complexe, plus on est tenté de croire qu'il faut en confier la responsabilité à quelques experts qui auront le monopole de l'information et prendront des décisions cruciales pour l'avenir, sans du tout tenir compte de l'opinion des premiers intéressés, les citoyens, qui sont aussi les propriétaires des ressources. De plus et plus d'économistes ne partagent plus cette opinion. Exemples concrets à l'appui, comme celui du Gold Rush en Californie au XIXe siècle, ils soutiennent que des interactions elles-mêmes complexes entre les intéressés à la base des sociétés ont souvent été la meilleure méthode pour éviter la tragédie des communs, c'est-à-dire la destruction de la ressource à conserver par l’égoïsme des individus qui y ont libre accès.

 

Elinor Ostrom, prix Nobel d'économie, fait partie de ce groupe d'économistes. Ayant fait la critique des modèles abstraits élaborés dans le cadre de la théorie des jeux, elle écrit :

 

«La richesse de l'information empirique sur les systèmes de propriété qui existent réellement dément les théories naïves et simplistes qui réduisent le problème de la conservation des ressources soit à trop peu de propriété individuelle, soit à trop peu de propriété publique. Malheureusement ces théories naïves fondées sur des comparaisons bancales avec des modèles parfaits, mais purement théoriques, continuent de dominer le discours savant. Il est grand temps de passer de ces modèles simplistes et inadéquats des systèmes de propriété à des théories tenant compte de la complexité et des imprévus des types de gouvernance des ressources concrètes (par opposition aux idéalisations). Ces théories reposent sur une analyse de systèmes de propriété opérant dans un système socio-écologique plus large. (Daniel H. Cole, Elinor Ostrom, Property in Land and Other ressources, Janvier 2012, Lincoln Institute, Empl. 1552, Édition Kindle).

 

Pour rendre cette participation possible, il faut d'abord rendre l'information disponible et inviter les citoyens ordinaires à participer à la recherche et à la diffusion de cette information. C'est dans cet esprit que j'ai entrepris le présent travail. Je rêve d'une chose, impossible à première vue, qui pourrait s’avérer possible dans le contexte actuel : que partout au Québec se forment des groupes de discussion sur la question du développement du Nord.

 

Architecture

 

Le respect des humains comme celui du paysage naturel n'exige-t-il pas qu'une attention particulière soit accordée au logement des travailleurs? Plus on est isolé, plus on a besoin d'un intérieur chaleureux

 

Kiruna, la ville la plus au nord de la Suède semble être une ville vivante et vibrante. Il n'empêche qu'on s'apprête à la déménager pour pouvoir exploiter le riche gisement qui se trouve juste au-dessous de la ville... Il s'agit d'une ville de 20 000 habitants dont les maisons et les édifices sont en bois. On les démontera pièce par pièce pour pouvoir les remonter ailleurs. La mine appartient à une entreprise publique.

 

Une rue de Kiruna

 

Argent

 

 

Il faudrait pouvoir comparer divers accords conclus par le gouvernement du Québec avec celui que la Guinée vient de conclure avec Rio Tinto.

 

L'accord, concernant le plus important gisement de fer au monde, a été conclu vendredi après 12 années de difficiles négociations. Il ouvre la voie à un projet de 10 milliards dollars (6,9 milliards d'euros), a indiqué Sam Walsh, un responsable de Rio Tinto.

 

Pour ce projet, Rio Tinto s'est associé avec le producteur d'aluminium chinois Chalco. Pour entériner l'accord, Rio Tinto devra payer 700 millions de dollars (483 millions d'euros) à Conakry, une fois que la concession du site lui aura été octroyée.

La Guinée s'est vue offrir 15% du projet et l'option d'étendre sa participation jusqu'à 35%. L'accord lui permet également de posséder à terme 51% de la voie ferrée et du port, le plan de Rio Tinto prévoyant la construction d'une voie ferrée industrielle dédiée de 650 km comprenant 21 km de tunnels et traversant la Guinée jusqu'à la côte.

 

L'infrastructure du site deviendra automatiquement propriété du gouvernement guinéen, dans un délai de 25 à 30 ans après sa construction. Des royalties s'élevant à 3,5% devront également lui être versées pendant la durée d'exploitation de la mine.

 

Les analystes estiment que le gisement de Simandou pourrait produire 200 millions de tonnes de minerai de fer par an et faire de la Guinée l'un des premiers exportateurs mondiaux. Selon la firme anglo-australienne, Simandou devrait être le plus grand projet intégré d'infrastructures et de minerai de fer développé en Afrique.

 

 

Autochtones

 

«Les autochtones, frères oubliés» par MICHEL LAPIERRE

 

Cet article paru dans le Devoir du samedi 15 juillet présente assez bien la question des autochtones

 

LES AUTOCHTONES NE SONT PAS DES PANDAS

Réjean Morissette, Hurtubise, Montréal, 2012, 408 pages.

Organisation- Type de propriété

 

 

Depuis quelques années les nationalisations sont à la mode, selon un document complet et nuancé de la banque mondiale.

 

Overview of State Ownership in

the Global Minerals Industry

Date de création:2012-07-27 | Date de modification:2012-07-31

 

 

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